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 Hérault de la vie, Marcel Proust.

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Revan
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MessageSujet: Hérault de la vie, Marcel Proust.   Mer 30 Sep 2015 - 20:20

Pouf pouf,

Me semble être une bonne introduction à Proust. On y rentre difficilement, autant que dans notre propre vie. Et pourtant, on y est déjà, sans pouvoir en sortir. Proust, c'est un peu cela. Un miroir. Ni réfléchissant ni lisse, mais grossissant ou déformant à l'envie. C'est une série de jets de peintures inégaux, de pointillées marqués à la virgule, de phrases se déployant comme d'immenses fresques qui nous font perdre le souffle, le fil, la tête, pour mieux nous plonger dans la sienne. Un portrait saisissant, au sens propre, du vécu. Proust, c'est l'expérience du réel humain transposé dans toute sa poésie, sa candeur, son ironie, sa finesse, sa volupté. Et à l'instar de nos vies, lire Proust peut se révéler fastidieux, aride, montueux tout autant que joyeux, bref, éclatant, génial, jouissif. Souvent, c'est un mélange aigre-doux des deux, à l'image d'un moment de notre vie que l'on aurait figé dans la cire, intact et riche de tout ses paradoxes, toutes ses contradictions, toute la finesse de son détail et la puissance de son ensemble.

Voilà pourquoi, alors que ma lecture Du côté de chez Swann se poursuit (premier tome du cycle A la recherche du temps perdu) j'avais envie d'en laisser des extraits ici, voir d'en parler un peu si j'arrive à ne pas trop rougir de ma prose de mirliton accolée à ce monument de la littérature française (et dans lequel on trouvera aussi nombre de considérations philosophiques savamment développées). Bref, Yara, en souvenir de nos longues conversations sur toutes ces choses et tout le reste, aussi en remerciement parce que je ne serais jamais venu à cet auteur sans ton influence.


Un extrait très anecdotique - c'est une bonne manière de commencer.


« Et il y eu un jour aussi où elle me dit : « Vous savez, vous pouvez m'appeler Gilberte, en tout cas moi, je vous appellerai par votre nom de baptême. C'est trop gênant. »
Pourtant elle continua encore un moment à se contenter de me dire « vous » et comme je le lui faisait remarquer, elle sourit, et composant, construisant une phrase comme celles qui dans les grammaires étrangères n'ont d'autre but que de nous faire employer un mot nouveau, elle la termina par mon petit nom. Et me souvenant plus tard de ce que j'avais senti alors, j'y ai démêlé l'impression d'avoir été tenu un instant dans sa bouche, moi-même, nu, sans plus aucune des modalités sociales qui appartenaient aussi, soit à ses autres camarades, soit, quand elle disait mon nom de famille, à mes parents,  et dont ses lèvres – en l'effort qu'elle faisait, un peu comme son père, pour articuler les mots qu'elle voulait mettre en valeur – eurent l'air de me dépouiller, de me dévêtir, comme de sa peau un fruit dont on ne peut avaler que la pulpe, tandis que son regard, se mettant au même degré nouveau d'intimité que prenait sa parole, m'atteignait aussi plus directement, non sans témoigner la conscience, le plaisir et jusque la gratitude qu'il en avait, en se faisant accompagner d'un sourire. »

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, III, p.396 (E. de la Pléiade)
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