La Voie des Marchombres

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 Contexte géopolitique contemporain

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Revan
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MessageSujet: Contexte géopolitique contemporain   Ven 20 Nov 2015 - 9:46

Salut à tous !


Voilà un petit moment que me vient l'envie de créer ici un sujet pour parler du monde qui nous entoure, dans une dynamique plus large que nos expériences quotidiennes et quelques réflexions anecdotiques entre les livres de Pierre et la réalité en général.

Donc j'ouvre un sujet précis pour regrouper toutes les interrogations/interventions/sujets concernant l'actualité du monde que les membres auraient envie d'amener ici, pour en discuter avec d'autres membres du forum, dans un cadre plus propice au développement que les réseaux sociaux (et plus tranquille aussi), avec des personnes plus choisies.

Pour ma part, de manière assez évidente et comme à peu près tout le monde, l'actualité qui me préoccupe en ce moment concerne les attentats, les djihadistes, l'Etat Islamique et le monde arabe en général. J'ai décidé, pour ne plus avoir à me reposer sur les avis bancals et contradictoires que l'on entend généralement à la télévision ou sur la majorité des chaînes de radio, de m'informer par moi-même en profondeur sur ces questions. Je viens donc ici partager quelques réflexions et remarques susceptibles de vous intéresser également.  




Une première remarque concerne cette considération qui revient souvent vis à vis des djihadistes de l'EI : On entend un peu partout qu'ils ne seraient pas dans une "bonne vision" de la religion musulmane, voir même que leurs tendances belliqueuses seraient "contraires à l'islam" qui est une religion "de paix et d'amour" comme tous les grands monothéismes.

Il est assez évident de voir en effet que ces djihadistes sont rejetés par l'immense majorité des musulmans (qui est la seconde religion du globe en termes de membres, avec 1.6 milliards de croyants référencés en 2010) et que cette analyse du terrorisme sert une nécessité politique vitale : il faut absolument, pour les musulmans eux-mêmes qui souhaitent vivre en paix avec le monde occidental, créer une ligne de démarcation nette et infranchissable entre leur vécu moderne de l'islam et les pratiques moyenâgeuses de l'EI.

Cependant, si l'on s'attache sur l'exactitude de cette affirmation, un problème se pose. Voici un extrait d'un article du Courrier International reprenant une grande enquête, publiée dans The Atlantic, un journal américain, sur l'origine et les motivations de l'EI, qui le problématise bien :

"De nombreuses organisations musulmanes traditionnelles sont même allées jusqu’à affirmer que l’EI était “contraire à l’islam”. Toutefois, les musulmans qui emploient cette expression sont souvent “embarrassés et politiquement corrects, avec une vision naïve de leur religion” qui néglige “ce qu’elle a impliqué, historiquement et juridiquement”, suggère Bernard Haykel, chercheur de Princeton d’origine libanaise et expert de premier plan sur la théologie de l’EI."

Tout comme la religion chrétienne et certains des passages de la Bible ou la religion juive et des passages très violents de la Torah, le Coran recèle en son sein nombre d'injonctions belliqueuses qui permettent à l'Etat Islamique de tirer une interprétation cohérente (bien que contestée), du Coran et de se lancer dans sa guerre sainte (le djihad - qui peut avoir d'autres interprétations que celles qu'en fait Daech, ou les réseaux terroristes islamiques en général) en justifiant ses atrocités au nom de l'Islam.

Tout comme la Bible justifia l'inquisition, les tortures et les croisades, tout comme la Torah est utilisée pour justifier l'occupation de la Palestine, le Coran, parce qu'il est un texte religieux, ne peut avoir qu'une lecture interprétative. C'est à dire multiple, et contestable. Les textes religieux se distinguent systématiquement par leur porosité en terme d'interprétation : Flous, contradictoires, métaphoriques, parlant par images, la religion est construite pour s'adresser au cœur et disposer à la révélation, elle traite de vérités mystiques, cachées, et ne se soumet pas à une rationalité scientifique qui permettrait d'en tirer une interprétation et de certifier qu'elle seule prévaut.

C'est d'ailleurs ce qui explique le succès, en partie, des religions ! Les interprétations des textes peuvent être si différents d'un croyant à un autre, d'un mouvement à un autre et correspondre à nombre de sensibilités quelques fois très opposées (regardez le nombre de mouvements chrétiens différents qui se distinguent les uns des autres en se référant au même livre : catholiques, protestants, orthodoxes, anglicans, évangélistes, témoins de Jéhovah, mormons, etc.), ce qui prévaut également pour les musulmans. Il n'existe en fait pas une unité du monde musulman d'un côté face à l'extrémisme religieux de l'EI et des réseaux terroristes de l'autre côté. Il en existe au contraire une pléiade de tendances différentes (les quatre principales étant cependant : le sunnisme (majoritaire), le chiisme (Iran, Irak, etc.), le zaïdisme (Yémen) et l'ibadisme (Afrique du Nord)) sans parler des mouvements sectaires anecdotiques plus ou moins importants, comme le salafisme.

L'EI se trouve dans une branche extrémiste du sunnisme, le salafisme djihadiste, qui est une doctrine prônant l'utilisation de la violence (par le djihad) pour purifier le monde et revenir à un islam des origines qui serait le seul vrai islam (selon les salafistes ; à noter que tous les salafistes ne sont pas partisan, loin s'en faut, de l'utilisation de la violence pour imposer leur vue. C'est à la base un mouvement ascétique, que l'on pourrait associer aux ultraconservateurs chrétiens de notre côté du monde, comme les témoins de Jéhovah). Bien que les salafistes djihadistes ne se décrivent pas eux-mêmes comme tels (ce sont simplement les seuls vrais musulmans selon leur point de vue), il est impossible de considérer que leur mouvement n'est pas quelque chose qui a à voir avec l'islam et qu'ils sont moins musulmans, ou musulmans d'une mauvaise manière par rapport à une "bonne interprétation" du Coran qui serait celle faite par les musulmans sunnites traditionnels résidant en France, par exemple. Pour ces sunnites, ils le sont évidemment, mais comme les orthodoxes ne sont pas de vrais chrétiens pour les mormons.

De notre point de vue à nous, il est au contraire important de tenir compte de la doctrine idéologique prônée par l'EI comme se référant directement au Coran et à l'islam, si l'on veut véritablement cerner tous les tenants et aboutissants de leur mouvement, en percer les enjeux et le succès, et enfin le combattre efficacement idéologiquement. Car rien ne certifie que la destruction physique de l'EI mettra fin au salafisme djihadisme, bien au contraire : cette mouvance existe depuis bien avant l'EI, et perdurera sans aucun doute après.

Et évidemment qu'il ne faut pas faire l'amalgame ! Mais ce n'est pas de l'amalgame entre musulman et terroriste dont nous parlons, qui est une distinction dénuée de sens, c'est d'éviter un amalgame entre le sunnisme traditionnel et le salafisme, d'éviter un amalgame entre un musulman parfaitement pacifiste et un musulman qui se réfère à une vision conquérante de l'islam. Les djihadistes salafistes sont des musulmans, comme l'inquisition espagnole était chrétienne et catholique. Vouloir défendre l'islam contre les terroristes suppose une unité de l'islam qui n'existe tout simplement pas. Ce que nous devons faire en revanche, c'est rendre justice aux musulmans qui ne se revendiquent pas du djihad et dont les croyances ne sont pas une menace pour nous-même, tout comme tous les juifs ne sont pas des sionistes prônant l'occupation de la Palestine. Cela ne rend pas moins juifs ceux qui le font. Vouloir prétendre que l'islam n'est pas un problème pour la France et les pays occidentaux est absurde parce qu'il n'existe pas une chose telle que l'islam. Prétendre en revanche que le sunnisme traditionnel n'est pas une menace, c'est beaucoup plus exacte et avéré.
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Rachel
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Dim 22 Nov 2015 - 18:07

Préoccupation d'actualité oui, je pense que tout le monde a un peu ça dans la tête, trop peut-être. Je peux pas vraiment m'empêcher d'y penser. Ce qui m'embête le plus actuellement, c'est la position difficile dans laquelle on se retrouve, à devoir en quelque sorte abdiquer une partie de notre liberté (sortie à n'importe quelle heure, aller au théâtre, au concert), en échange d'une plus grande sécurité. J'ai entendu parler de sondages dessus, il paraît que c'est plébiscité par beaucoup de français. Je n'arrive pas à me dire qu'en fermant nos frontières, en empêchant les pauvres gens de venir se réfugier chez nous, après les horreurs qu'ils ont vécu, en fouillant les sacs des gens qui vont au salon du livre (sérieusement, les terroristes ont pas intérêt à planquer de kalash dans leurs sacs à main Gucci), et en sortant moins, on peut vraiment éviter des massacres. Idem avec le bombardement de zones "sensibles". J'ai l'impression qu'on ne fait qu'installer la peur et grimper la violence. Au lieu de prendre des mesures du style arrêter d'acheter du pétrole aux pays qui fournissent et protègent Daesh. Mais ça c'est compliqué...
Qu'en pensez-vous ?
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Ven 4 Déc 2015 - 23:54

Bonsoir à tous (ou bonjour, tout dépend évidemment de l'heure à laquelle vous me lisez, enfin, passons ;) )

   Personnellement, je n'ai jamais été forcément très inquiet de ce type de menace, me reposant par la même un peu trop sur le grand principe du "ça n'arrive qu'aux autres", mais par contre, je me suis, comme tu l'as fait toi-même Revan, toujours intéressé à ce type de sujet, qui concernent après tout le futur que nous sommes actuellement entrain de bâtir. Enfin, je vais ici essayer de vous donner au moins une partie de mon opinion en te répondant Rachel, désolé Revan, je te répondrais dès que j'en aurais le temps puisqu'il est un peu tard pour que j'étudie réellement ton texte.

Rachel a écrit:
Ce qui m'embête le plus actuellement, c'est la position difficile dans laquelle on se retrouve, à devoir en quelque sorte abdiquer une partie de notre liberté en échange d'une plus grande sécurité.

   En effet, la privation partielle (et temporaire) de liberté peut-être difficile à vivre et je suis moi-même en partiel désaccord avec cette politique, arguant qu'après tout, c'est exactement le but recherché par les terroristes et que cela ne fait que jouer leur jeu, puisque nous force à installer un climat constant de méfiance, de suspicion et de "terreur" ou chacun, même notre voisin, peut-être un terroriste, revenant ainsi aux origines de la terreur où chacun pouvait être royaliste (la "Grande Terreur" - 1793). D'un autre côté, jouer totalement la carte du "ne pas suivre le jeu des terroristes" revient donc à ne pas améliorer la sécurité et donc risquer un autre attentat, puis encore un... Qui seraient tous de plus en plus meurtriers et amènerait donc à cette terreur que l'on cherche justement à éviter.
   Il faut donc, selon moi, un juste milieu entre un Etat trop "sécuritaire" qui priverait ses habitants de leurs libertés dans leur intérêt et un Etat trop "libertaire", qui, s'il assure une liberté totale, met tous à chacun en danger.

Rachel a écrit:
Idem avec le bombardement de zones "sensibles". J'ai l'impression qu'on ne fait qu'installer la peur et grimper la violence. Au lieu de prendre des mesures du style arrêter d'acheter du pétrole aux pays qui fournissent et protègent Daesh. Mais ça c'est compliqué...

   Là encore, la politique menée est ouvertement critiquable. En effet, les terroristes cherchent à chasser les Occidentaux qu'ils considèrent comme des envahisseurs et par là-même, les tuer revient à en faire des martyrs, n'ayant d'ailleurs pas nécessairement peur de la mort puisque réalisent des attentas-suicides, et ne fait donc que "justifier" leur cause et grossir leur rang. (Ainsi, Rome avait choisi de faire condamner les chrétiens et a finalement perdu, le peuple ayant choisi de prendre parti pour leur cause)
   Mais d'un autre côté, cette politique est la seule pouvant être actuellement menée. En effet, faire un "blocus" du pétrole est impossible, il est tellement nécessaire que nombreux seront les pays à refuser et ainsi on poursuivrait une chimère digne du "blocus continental" napoléonien. On ne peut donc les asphyxier économiquement. Les vaincre militairement étant également hors de portée (Cf. ci-dessus), il ne reste que la victoire "idéologique".
   De fait, le problème viens de l’extrémisme, mais ce n'est qu'un symptôme. En effet, un peuple pauvre, sous-éduqué et en état perpétuel d'instabilité politique (depuis la création d'Etat fictif sans aucune légitimité après la dissolution de l'Empire Ottoman) n'as plus aucune chance de s'en sortir, alors il prie. Les solutions ne venant pas et la situation s'aggravant, il se radicalise, ce qui mène nécessairement à la haine et la violence.
   Or, pour vaincre cette extrémisme, il faut donc que la situation s’apaise avec, par exemple et selon moi évidemment, je ne prétend pas avoir la sagesse infuse, la création de vrai pays ayant une histoire qui leur est propre, sans minorité gouvernante écrasant une majorité différente (un peu comme si tout les politiciens de France venait d’Angleterre) avec par la même le besoin de votes démocratique nécessitant que le peuple soit éduqués et donc, dans un premier temps une protection des écoles (éviter les rapts d'étudiants comme ceux de Boko Haram) mais cela nécessite d'abord une législation rendant l'école obligatoire et une économie permettant aux parents de se passer de leurs enfants...
Ainsi, la situation est terriblement compliqués et n'est pas menée à bien par l'absence d'une coalition internationale suffisamment courageuse pour mettre la main à la pâte et investir, quel que soit le coût. Donc, nous bombardons, cela repoussera au moins l'échéance.

J'aimerai terminer par deux éléments:
Le premier étant que je recherche une vidéo particulièrement intéressante que j'avais vus sur le sujet et ne durant que 4min, je la mettrai ici dès que je retrouverai le lien.
Ensuite, dans un jeu que j'aime particulièrement bien, à savoir, Dragon Age Inquisition, un personnage me demande si je souhaite rendre le monde meilleur, à chaque fois les réponses sont relativement libre, et ainsi je lui ai répondu que oui, de par cela, il me demande ce que je ferai si je me réveillais un matin face à un monde pire que le précédent. En l'occurence et je crois que c'est un phénomène qu'on devrait appliquer un peu plus, j'ai chois de simplement lui dire que je recommencerai en essayant de voir ce qui n'as pas marché avant de le corriger. Je sais bien que cela n'est pas si simple dans la vraie vie, mais il faut savoir que tant que l'on essaye pas, on ne réussit pas. Et cela s'applique, selon moi, plutôt bien à ce sujet.

Voilà pour ce soir, merci de m'avoir lu et bonne nuit  à tous ;)

Ps: Désolé pour le fautes pas le courage de me relire maintenant, je le ferai dès que j'aurais le temps.
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Revan
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Jeu 28 Jan 2016 - 19:19

Voilà un moment que je n'ai pas eu l'occasion d'écrire quelque chose dans ce sujet, mais je suis tombé sur un extrait intéressant tout à l'heure.

Voici un passage de la préface à Condition de l'homme moderne, de Hannah Arendt, par Paul Ricoeur (deux noms importants de la philosophie du XXe siècle, pour vous situer).

Il porte sur le sionisme.

"A cet égard, si l'on peut dire que H. Arendt fut sioniste, il ne faut pas omettre ni la variété des courants sionistes avant l'arrivée de Hitler au pouvoir, puis encore avant la "solution finale" et même à l'époque de la fondation de l'Etat d'Israël. Le sionisme c'était pour elle, [...] le refus aussi réfléchi que viscéral de l'assimilation. [...] Avant la fondation de l'Etat d'Israël, et même après Auschwitz, il était encore possible de militer pour la création d'une entité politique qui ne marquât pas un retour à l'idéologie nationaliste qui avait signé le déclin de l'Europe."

L'extrait est court, mais passionnant et prolixe de passages propres à susciter des réflexions sur la situation contemporaine.

Un exemple : Il me semble intéressant de relever tout d'abord combien le repli identitaire est un phénomène paradoxal - au même titre que beaucoup de choses au fond, violentes - c'est tout autant un appel de force et une démonstration de force qu'un aveu de faiblesse. La volonté d'assimilation (ce mot que l'on entend si souvent aujourd'hui) est tout autant l'expression d'une puissance (l'expression d'une sorte de féodalité de l'assimilé vis à vis de l'assimilant) qu'il est l'expression d'une faiblesse (l'impossibilité de composer avec le fondamentalement autre) ; mais il devient véritablement une faiblesse quand il est appelé de ses vœux, demandé par ceux qui veulent assimiler : c'est précisément parce qu'il n'est pas effectif qu'il est exigé. Il est donc la marque d'un manque de puissance. Regardez donc le mode de vie américain. Ce sont ses vassaux qui se pressent pour se mettre à son service, non lui qui l'exige du reste du monde. Et là réside la démonstration de sa puissance indéniable (même si de plus en plus aussi, contestée) : il n'a pas besoin de l'exiger, de le demander, de le souligner. C'est le monde qui s'est de lui-même assimilé. Plus, paradoxalement, une demande d'assimilation des étrangers est forte, plus c'est la marque exacte de sa diminution effective d'efficacité - et de l'incapacité progressive des résident dudit pays à composer avec la différence de manière à augmenter sa puissance, et non pas la diminuer.
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No Heliaz
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Lun 15 Fév 2016 - 19:14

J'avais vu que vous parliez du fait islamique de l'EI, et au delà du fait qu'elle s'appelle elle-même "islamique", j'avais deux trois trucs à dire :

Citation :
L'EI se trouve dans une branche extrémiste du sunnisme, le salafisme djihadiste, qui est une doctrine prônant l'utilisation de la violence (par le djihad) pour purifier le monde et revenir à un islam des origines qui serait le seul vrai islam (selon les salafistes ; à noter que tous les salafistes ne sont pas partisan, loin s'en faut, de l'utilisation de la violence pour imposer leur vue. C'est à la base un mouvement ascétique, que l'on pourrait associer aux ultraconservateurs chrétiens de notre côté du monde, comme les témoins de Jéhovah).

>Hum... Je pense que les termes sont importants. Quelques nuances : Le salafisme n'est pas une branche "extrémiste" (le terme en lui-même pose aussi problème) du sunnisme, c'est une interprétation répandue, et qui se définie simplement par le fait de se référer dans sa pratique de l'Islam à une période passée (salaaf), considéré comme plus pure. Souvent, cette période est celle contemporaine du prophète, parce que après la mort de celui-ci, les califes sont accusés d'avoir dévoyé le message originel lors de la rédaction du Coran. Cela signifie que le salafisme peut aussi être (j'insiste, il peut, c'est pour le coup rare) "progressiste" comme disent certains, dans ce sens où il remet profondément en question le cœur même du texte, notamment sur des passages où il est question de la place de la femme dans la société islamique, ou de la considération des personnes homosexuelles. (bien sûr, les califes sont supposés avoir eu un impact néfaste sur ses questions là, et ce n'est pas tout le salafisme qui se défini comme la remise en question radicale du texte). Un exemple, le courant inclusif de l'Islam (mouvement né au Maghreb et aux Etats-Unis pour la reconnaissance des femmes, des personnes homosexuelles et des personnes transgenres), est porté en France par l'imam Ludovic-Mohamed Zahed qui reçut (je ne sais, pour tout dire, s'il l'est toujours), un enseignement du Coran professé dans le milieu salafiste.

>Ensuite, au sein de ce salafisme, s'est créé a partir de rien pendant les années 70 (73 exactement je crois), une branche nouvelle, le takfirisme, de laquelle émane le Daesh. Ce takfirisme, et c'est fondamental, ne se base sur la pensée salaf que dans son discours marketing : proposer un modèle riche, le califat, en articulant une rhétorique simpliste autour de l'âge d'or de l'Islam, au service réel d'un simple discours (et d'un discours simple) nihiliste. Takfirisme, c'est bien plus adapté que "salafisme jihadiste". Encore une fois pour une question de sens des mots, le jihad apparaît trente trois fois dans le Coran, pour autant de sens, chacun objet d'une interprétation différente selon les branches de l'Islam. De là à dire que le Jihad ne veut rien dire... Si, ce mot à du sens, mais pour beaucoup de musulman.e.s, il signifie aussi et surtout : combat intérieur, combat social, combat intellectuel... l'aumône est un jihad, le combat contre la pauvreté est un jihad... Médine dans ses raps appelle au "jihèd social", on ne peut pas dire qu'il demande de poser des bombes sur les acquis sociaux de 45...

Citation :
Bien que les salafistes djihadistes ne se décrivent pas eux-mêmes comme tels (ce sont simplement les seuls vrais musulmans selon leur point de vue), il est impossible de considérer que leur mouvement n'est pas quelque chose qui a à voir avec l'islam et qu'ils sont moins musulmans, ou musulmans d'une mauvaise manière par rapport à une "bonne interprétation" du Coran qui serait celle faite par les musulmans sunnites traditionnels résidant en France, par exemple. Pour ces sunnites, ils le sont évidemment, mais comme les orthodoxes ne sont pas de vrais chrétiens pour les mormons.

>Pourtant, le takfirisme porte en lui-même des contradictions profondes avec l'enseignement islamique : takfiri, c'est l’excommunication en Islam. Devenir taktak, c'est apostasier l'ensemble des autres musulmans, donc les condamner à mort et leur déclarer la guerre. Donc, être takfiri, c'est 1) juger son prochain (seul Dieu est sensé le pouvoir), 2) se couper de la communauté musulmane (la communauté, c'est la base de tout, n'est pas musulman.e celui ou celle qui se place en dehors !), 3), avoir une dynamique violente généralisée (si, dans certaines conditions et selon certaines interprétations, le Coran peut commander la violence, celle-ci ne peut être générale). Si le takfirisme du Daesh se prétend islamique, il est à la disposition de l'Islam tous les arguments rationnels du monde pour affirmer le contraire.

Citation :

De notre point de vue à nous, il est au contraire important de tenir compte de la doctrine idéologique prônée par l'EI comme se référant directement au Coran et à l'islam, si l'on veut véritablement cerner tous les tenants et aboutissants de leur mouvement, en percer les enjeux et le succès, et enfin le combattre efficacement idéologiquement. Car rien ne certifie que la destruction physique de l'EI mettra fin au salafisme djihadisme, bien au contraire : cette mouvance existe depuis bien avant l'EI, et perdurera sans aucun doute après.

>L'opposition à la violence, spécifiquement islamique, est très compliquée. S'opposer au "salafisme jihadiste", c'est très bien, mais qui pose la limite entre telle et telle branche ? Qui dit, ça c'est du bon salafisme, ça c'est du salafisme extrémisme ? Surtout qu’extrémisme appelle "modéré", et que avec ces termes résolument occidentaux pour penser l'Islam, on arrive vite à "de toutes les façons, l'Islam véritable, appliqué entièrement ("extrémiste"), est néfaste. Mais pourquoi se préoccuper du reste ? Cet Islam modéré n'est qu'un Islam superficiel, et peu digne de considération, et à potentiel de "radicalisation". Rasons donc tout"
>L'Islam, même si ce n'est pas simple pour lui non plus, peut dire ce qui est islamique ou non. Il peut opposer à la violence de l'EI un discours raisonné et réfléchi. L'Occident ne peut pas. Déjà parce qu'il n'est pas l'Islam, ensuite parce que l'Occident est dans une position (néo-)coloniale, il ne ferait que, comme toujours, dire, même pas ce qui est bien et mal, mais ce qui est occidental, et ce qui ne l'est pas.

Citation :
Et évidemment qu'il ne faut pas faire l'amalgame ! Mais ce n'est pas de l'amalgame entre musulman et terroriste dont nous parlons, qui est une distinction dénuée de sens, c'est d'éviter un amalgame entre le sunnisme traditionnel et le salafisme, d'éviter un amalgame entre un musulman parfaitement pacifiste et un musulman qui se réfère à une vision conquérante de l'islam. Les djihadistes salafistes sont des musulmans, comme l'inquisition espagnole était chrétienne et catholique.

>Il y a une différence fondamentale entre l'Inquisition et le takfirisme. L'Inquisition part d'une volonté de purifier le christianisme, de le protéger, de protéger sa terre. Le discours du Daesh et des taktaks, c'est aussi ça, mais ça pour eux, c'est de l’emballage. Le cœur de leur pensée, c'est la négation de l'Occident, mais aussi la négation de siècles de traditions islamiques. La différence, c'est que l'Inquisition émane du christianisme, ou plus exactement de son institution. Il est important de penser qu'elle est chrétienne. Le takfirisme est l'émanation d'une réaction à l'Occident, à l'Islam émancipateur, le takfirisme est un des nombreux produits nihilistes d'une époque charnière : il est islamique, mais le fait qu'il le soit est aussi utile à savoir que Alain Soral et les "blocks identitaires" sont français, qu'AFD est allemand... Leur nihilisme est le même, dans sa violence et sa bêtise, qu'elle que soit les sociétés dont ils émanent.
>Dans le cas spécifique du takfirisme, il y'a une relative utilité à penser qu'il est islamique : un argumentaire peut lui être opposé par l'Islam (et uniquement par l'Islam) sur le fond, on peut lui nier son caractère religieux, ce qui pourrait l'affaiblir un minimum.
>Le cœur du problème reste et demeure notre époque, l'aspect religieux est là en surface.
Citation :
Ce que nous devons faire en revanche, c'est rendre justice aux musulmans qui ne se revendiquent pas du djihad et dont les croyances ne sont pas une menace pour nous-même, tout comme tous les juifs ne sont pas des sionistes prônant l'occupation de la Palestine.

>C'est surtout à l'Islam de se défendre, de se rendre justice (et c'est également une forme de jihad). Il y a besoin de le faire, mais seul l'Islam peut le faire. L'Occident, les personnes d'en-dehors de l'Islam doivent surtout se concentrer sur les gangrènes qui les concernent.
>Le jihad, encore une fois, est fondamentalement islamique, sa définition par contre n'est pas unique. Mais tu ne retireras pas à un musulman "sunnite traditionnel" son jihad intérieur, voir même son aspiration au jihad social.
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Revan
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Dim 28 Fév 2016 - 16:03

Merci beaucoup pour ces corrections et précisions, No Heliaz ! Mes sources étaient donc imprécises et un peu erronées, toutes mes excuses.
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Ven 25 Mar 2016 - 19:40

Deleuze, sur les droits de l'homme. 

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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Lun 25 Avr 2016 - 20:12

Bon je reposte ça, plus que jamais dans le contexte actuel, que l'on soit d'accord ou non (et je ne suis pas moi-même un spinoziste fou ) c'est important à voir et à méditer, à s'éduquer à un peu de véritable esprit critique et de soupçon. C'est 30 minutes, mais ça vaut 200h de télévision (ou un petit bouquin sur Marx). Suivez-donc cette logique : voir cette vidéo, ça vous fait en réalité économiser du temps.



Celle sur la sociologie et l'excuse est aussi très pertinente, suite au contexte actuel.


Lordon écrit beaucoup sur Nuit Debout en ce moment, d'ailleurs (principalement sur son blog et sur Le Monde Diplomatique) - et de tous les écrits que j'ai pu croiser, c'est aussi (à mon humble avis) le plus pertinent. Triste que le rendu philosophique et politique le plus habile de l'actualité soit délivré par un économiste, mais bon x).

Enfin, un billet qui me tacle au coeur de la part de Dorian Astor (lisez-le et lisez-le sur Nietzsche) qui date de quelques mois déjà mais bon, sur l'abstentionnisme.

EN FAVEUR DES ABSTENTIONNISTES

Bon, je ne vais pas me faire que des copains, mais ce n’est pas bien grave. (De toute façon, je ne rappelle que des banalités. C’est de bonne guerre.)
Et d’abord, peut-on m’expliquer pourquoi les deux motifs d’indignation ce lundi sont le score du Front national ET le record d’abstention ? Il faut savoir ce qu’on veut. Si ça se trouve, les abstentionnistes auraient voté FN et les électeurs du FN auraient mieux fait de s’abstenir.
Ensuite, je précise que je ne parle pas ici des pays du monde dans lesquels le courage de voter ou de réclamer des élections fut, est ou serait déjà un acte de résistance réelle. Mais dans un pays où, depuis trois semaines, boire un verre en terrasse et faire des selfies-avec-drapeau sont qualifiés d’actes de « résistance » pendant qu’un gouvernement « socialiste » se branle en toute impunité à l’état d’urgence, on ferait mieux de ne pas faire les malins.
Le procès fait aux abstentionnistes fait semblant de négliger que le problème de fond est évidemment celui de la représentativité elle-même, et que « choisir » à l’intérieur d’un système qui oblitère désormais structurellement l’expression réelle d’une décision à propos de qui représente qui, ce n’est plus exercer un droit mais obéir à une injonction sans alternative. (Je rappelle, pour rire un peu, l’hypocrisie constitutionnelle relative au vote blanc : « les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n’entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention [c’est gentil] dans les résultats des scrutins », Code électoral, L65).
La souveraineté ne consiste pas à suivre les règles du jeu, mais à les établir. Ce qu’expriment — sans être représentés — les abstentionnistes, c’est le refus d’un jeu dont tout le monde sait qu’il est pipé. Que l’on me donne un exemple, au cours de ces dernières années, d’un vote en Europe qui ait changé quelque chose au système qui le sollicitait : demandez aux pays qui ont dit non à l’Europe telle qu’elle se faisait, demandez aux Grecs ce qu’ils en pensent ; demandez aux Français — dont moi — qui ne voulaient plus de Sarkozy. On a bien fait de voter socialiste, tiens…). Tant que ne seront pas conquises les conditions de formes plus directes de démocratie et la mise au pas des représentants par les représentés, la représentativité restera un mensonge pur et simple.
Et d’ailleurs, en termes de représentation, je ne vois pas en quoi l’abstention ne serait pas tenue pour un mode d’expression particulièrement explicite et parfaitement représentatif d’une volonté populaire qui refuse toujours davantage d’élire ses maîtres. Dialectique du maître et de l’esclave, pour une fois : toute représentation ne se dit jamais que de sa reconnaissance par les représentables. Faute de puissances insurrectionnelles, celles du mutisme opiniâtre d’un refus de reconnaissance, du moins, s’accumulent. Et si le silence tue, le silence assourdissant de l’abstention finira peut-être par tuer le système qui enjoint à beaucoup de bruit pour rien.
Être élu avec un tel taux d’abstention n’est pas une victoire, c’est une indignité qui devrait conduire tout politicien un peu orgueilleux à se cacher au désert. Nous n’en sommes pas encore là, mais ça viendra peut-être. Il ne faut pas sauver l’édifice de sa décomposition, il faut la hâter. Là où il n’y a pas de puissances insurrectionnelles, il faut compter sur les forces d’autodestruction. Elles sont toujours très efficaces.
Nous en sommes arrivés à la situation surréaliste où le discours d’injonction au vote est devenu parfaitement réactionnaire. Imaginons la fiction d’une grève totale du vote à l’échelle européenne ; une extinction totale de la télé en période électorale ; un boycott radical des meetings et des conférences de presse… PS : 0%, Républicains : 0%, FN : 0%, popularité d’untel : 0%, audimat des vœux du président : 0%.
Plus de peuple, tout d’un coup.
C’est alors seulement qu’on commencerait à entendre sa voix là où elle est, c’est-à-dire partout.
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Revan
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Mer 27 Avr 2016 - 18:06

Piouf, dans le mille - quelques réflexions sur NuitDebout et le capitalisme néo-libéral.

Article dans son intégralité ici.

(précision : je soutiens personnellement les mouvements de Nuit Debout, en tant qu'émergence d'un événement politique on ne peut plus salutaire, d'autant plus qu'en dehors de ça, c'est le point mort en France. Mais cela n'empêche nullement (au contraire même) d'être critique vis-à-vis de lui et de ne pas laisser notre pensée et notre esprit critique s'aliéner à des fins pratiques)

"La rhétorique des « citoyens », des « 99% » qui se soulèvent pour donner naissance à ce que Varoufakis a appelé un « printemps des peuple », crée assez facilement des émotions politiques fortes. Ce dispositif installe pourtant une scène contestable et problématique. D’abord, l’utilisation de ce vocabulaire fait que les mouvements émancipateurs tendent à parler le même langage que l’Etat. Après tout, les notions de « peuple », de « communauté des citoyens », d’ « être ensemble », saturent les discours officiels de la classe politique. N’est-il pas étrange d’utiliser les mêmes mots et les mêmes représentations du monde social que ceux que nous combattons ? Mais surtout, à travers des concepts comme « le peuple », « le commun », la politique contestataire tend à cultiver de curieux fantasmes d’appartenance et d’inclusion. Cette rhétorique est issue de la critique du néolibéralisme, associé – à tort - à l’individualisme, à l’atomisme, à la destruction du lien social, en sorte que lui est opposé le « besoin d’être ensemble » comme si ce dont les gens souffraient étaient d’être individualisés et pas d’être soumis à des forces collectives et à des destins communs…  Au  prétexte de la lutte contre le néolibéralisme, une humeur idéologique s’installe qui érige comme forces négatives la dissidence et la liberté individuelle et à régénérer des pulsions d’ordre dans la gauche.

Mais l’enjeu le plus important concerne le statut des catégories fantasmatiques de peuple, de  communauté, de citoyen qui fondent le mouvement. Ces concepts, cela va de soi, sont des fictions.  Le peuple, la souveraineté populaire, la volonté générale, la société, le commun… ça n’existe pas et ça n’existera jamais. Il n’y a aucune raison que deux personnes jetées arbitrairement au monde sur un même territoire ressentent des affects communs. Et l’idée selon laquelle il pourrait exister des moments où tout le peuple serait rassemblé sur une place n’a aucun de sens. Cela ne s’est jamais produit. Ni pendant les printemps arabes, ni pendant la révolution française. Et cela ne se produira jamais. Un mouvement est toujours oppositionnel : il oppose des classes d’individus à d’autres."

un peu plus tard dans l'article : "C'est à condition de produire des sujets politiques qui ne se constituent non pas dans l’horizon d’un peuple mais dans leur singularité que l'on pourra faire proliférer des énergies contestataires. Pour que Nuit debout soit le début d'une nouvelle politique, il faut qu’il renoue avec un certain héritage du marxisme, de la sociologie critique et de la tradition libertaire, qu’il pense les groupes et leurs revendications à partir de catégories concrètes, situées et oppositionnelles. Sinon, ce moment restera celui où nous allons prendre conscience de l'inefficacité de la scène politique et des cadres idéologiques qui se sont imposés dans la gauche critique depuis une dizaine d’années."


EDIT : pour ne pas faire trop de posts d'affilés quand même :

Une des meilleures vidéos de vulgarisation des problèmes de la finance dans le cas particulier des banques, il faut parfois s'accrocher et ça dure plus d'une heure, mais c'est sacrément instructif.

Avec Berruyer - Lordon.

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Revan
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Mar 10 Mai 2016 - 18:44

Reprise de mon propre statut sur Facebook

J'aimerais beaucoup les propres sentiments de ceux qui passent ici et se sentent concerné par ce qui se passe en ce moment et la politique (au sens large) en général.

"Le gouvernement vient d'utiliser le 49.3 pour faire passer de force la loi travail en dépit de l'opposition parlementaire.

C'est un étrange sentiment que de se sentir pour la première fois de sa vie envahit d'une rage aussi froide que résolue, et de souhaiter sincèrement la destitution de nos gouvernants - et du monde dont ils sont le symptôme - peu importe la manière.

Étrange chose quand on fait des études de philosophie et que l'on s'est toujours senti une conscience politique de convenance, que de ne vouloir rien d'autre que descendre dans la rue avec des fourches, des piques et des fusils, et de faire voler en éclat une démocratie pourrissante, dont elle ne conserve de démocratique que le nom.

Je ne sais ce que je désire le plus : que la motion de censure passe (une première dans l'histoire, il ne faut donc pas trop y compter) ou qu'elle ne passe pas, et que le gouvernement persévère dans son entêtement crasse de bourgeoisie néolibérale jusqu'à ce que le mécontentement populaire l'emporte d'une vague enfin irrépressible."
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Mar 10 Mai 2016 - 19:16

Bah moi je suis estomaquée/choquée/déçue tout ce que tu veux. C'est un grand enfant qui tape du poing sur la table et qui crie "nan je fais ce que je veux". Et l'opinion publique on s'en fout. Et les parlementaires élus par le peuple on s'en fout. Et la démocratie on s’assoit dessus. Et c'est pas la première fois en plus. C'est du grand n'importe quoi. Nous on est le cul entre deux chaises : on a la rage au ventre, on n'en peut plus et y'a le bac, on peut plus se permettre de manifester et c'est triste. Je me sens tellement impuissante en fait.
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Mar 10 Mai 2016 - 20:49

Je pense que je préfère la motion de censure, car il s'en suivrait certainement une destitution de l'assemblée nationale, les deux cumulées (et simplement la première), seraient un effritement dans les règles du pouvoir. Un effritement, par un renversement légal du gouvernement qui dirait une chose : ils ne sont pas immuables, et au fond, on peut faire sans eux. La mobilisation à Rennes, je ne sais pas ce que ça donne dans d'autres villes, est malade. On a récupérer une vielle salle de concert dans le centre historique pour l'occuper depuis le 1er mai, on parle de renverser -concrètement, pas du Lordon, sauf son respect-, par la grève généralisée (et pas générale, ça pop pas comme ça, la grève "générale") et le sabotage économique l'ensemble du système (et pas juste, légalement, un gouvernement).
L'engagement dans la procédure du 49.3 a été comme une balle en caoutchouc là où il n'eu pas fallu(, ici du moins). Aujourd'hui, la Manif pour Tous en a également émméché plus d'un, en osant manifester même chez nous (bon, y z'étaient 30 je crois) contre la GPA le jour de la commémoration de l'abolition de l'esclavage (on pense ce qu'on veut de la GPA, perso je suis contre, mais l'appropriation des luttes décoloniales est bien sale). Bref, Rennes la calme est pas contente (un projet de session de la Bretagne est sérieusement à envisager, moi j'dis). Le bac pour moi, le semestre, le taf, ou quoi que ce soit pour les autres devient de plus en plus secondaire. Ce qui se passe aujourd'hui est inédit. On s'enfonce plus encore dans la purée de pois, on ne voit pas à trois jours, mais je pense que je fais confiance à un mouvement qui a pu venir a bout de l'esprit Charlie ! Certes, pas une confiance aveugle, mais il faut se rappeler qu'en janvier 2015, la France applaudissait des camions de CRS (et qu'en janvier 2016, Renaud chante "j'ai embrassé un flic", oui d'accord...), alors que quelques mois auparavant l'un d'eux assassinait Remi Fraisse. En vrai, on a fait voler en éclat l'esprit autoritariste, qui dit que le policier est un gardien de la paix. ça rassure pas que, c'est même assez triste, mais au moins on le sait, et c'est toute la confiance dans le système qui en est ébranlé.
Bref, si tout ce que je vois à Rennes est généralisable au delà des frontières bretonnes, je pense qu'objectivement, un certain nombre de conditions soient réunies pour que quelque chose (je critique Lordon, mais j'utilise les mêmes termes qui disent rien) se passe. Bon, le mouvement est enclenchable quoi, je pense. Reste, et la question est primordiale quand on voit Soral, la direction... J'ai beaucoup d'espoir, mais j'ai aucune idée sur le sujet. On est vraiment dans la purée de pois je trouve.




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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Mer 11 Mai 2016 - 21:27

Juste envie de dire que je suis entièrement d'accord. En général, j'ai toujours un cran de retard concernant ce qu'il se passe dans l'actualité. Là, je suis tombée dessus en plein dedans.
Et comme vous, ça m'a remuée, estomaquée, j'avais envie de tout déchirer. Comment peuvent-ils encore se réclamer être une démocratie ? Comment peuvent-ils encore se dire de gauche ? Comment peuvent-ils faire comme si de rien n'était ?

Ça fait plusieurs années, maintenant, qu'à chaque fois que je réfléchis vraiment à la société, à certaines manifestations (type manif pour tous), à certaines mentalités qui pour moi sont des aberrations, j'en ressors lessivée. Broyée, la gorge nouée, l'envie de pleurer. Comment peut-on être aussi égoïste, intolérant et plein de haine ? Qu'ont-ils subis tous ces gens pour détester tous ceux qui ne sont pas comme eux ?
Et concernant le gouvernement, qui tente de transformer toute la société en un vaste pâturage dont la population bêlerait bien gentiment, abrutie par le confort, son bien être, sa haine, son inculture, sa bêtise, j'ai envie de hurler.

Et le pire, c'est que face à tout ça, je ne vois pas comment faire marche arrière. Comment arriver à faire comprendre à tout le monde ce qu'il se passe (car beaucoup ne s'en rende pas compte) et comment faire que ça change. Comment renverser ? Je me sens inutile, impuissante.

Nuit Debout c'est peut-être très bien, mais ça stagne et même ça régresse (peut-être pas avec ce qu'il vient juste de se passer).

J'ai toujours pensé qu'il fallait un coup fort, une violence mentale pour que plus de gens réagissent (car c'est toujours les mêmes, les jeunes, et la "vraie" gauche ou plutôt l'extrême gauche, les écolos, les vegan… En gros, tout ceux qui ont des idéaux). J'espère que le 49.3 suffira, mais j'ai peur que non. D'après ce que j'ai compris (mais c'est pas très clair, je peux me planter), il n'y a pas eu suffisamment de signatures des députés pour la motion de censure. Mais il y a une histoire de 24h et de 3 jours. Du coup, je ne sais pas où ça en est.

Bref. J'en ai marre.
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Mar 19 Juil 2016 - 3:44

EDIT: Pour ceux revenant plus tard souhaitant suivre ma série de message dans l'ordre, je met ici l'ordre ;) n°2

Je tenais à revenir dire un petit coucou par ici également (quitte à ne pas dormir, autant être productif ^^ )

Donc, je voulais relancer le sujet en demandant votre opinion sur la capacité assez amusante du commun à vite oublier ses revendications dès que le sujet des "reproches" n'est plus (ou peu) abordé dans les médias. Ainsi, on peut constater la forte baisse des contestations qui a accompagné ce merveilleux événement qu'est l'Euro (les caricatures à ce sujet pullules sur Internet d'ailleurs). En soit, régulièrement, seuls les "premiers concernés" par une mesure tiennent longtemps (Tel le terrain de construction de l'aéroport de NDL qui est encore occupé malgré "l'oubli" médiatique) mais la foule oublie vite ses griefs si le sujet passe.

Je me demande donc si aujourd'hui, des médias correctement "manipulés" ne peuvent-ils pas aider (pas nécessairement consciemment, les journalistes parlent de ce qu'ils jugent intéressants en fonction de ce que dit le gouvernement au sortir de ses conférences) un gouvernement à faire "passer la pilule" pour à peu près n'importe quoi. Autre exemple, pendant les premières années du quinquennat de notre bien-aimé président (y lira de l'ironie qui le souhaitera, j'ai beau désapprouver la quasi totalité de ses actions je n'estime pas mon opinion supérieur à celui de tout les électeurs qui l'ont placé ici), les médias furent saturés au sujet du mariage pour tous (j'approuve pleinement cette loi et pense que cela fait longtemps qu'elle aurait dû être faite, mais là n'est pas le sujet, je reproche la surmédiatisation de "l’événement" qui aurait dû s'arrêter plus rapidement une fois la loi passée) et laissant le gouvernement libre de faire ce qu'il voulait sur d'autre sujet, évitant une "alerte" de la population.

En résumé, j’aborde le pouvoir des médias, la foi aveugle que leur voue la foule et les solutions éventuelles au problème qu'est celui de la capacité gouvernementale à ainsi "gouverner" l'opinion publique.

Voilà, j'espère être clair et j'espère n'être pas trop hors-sujet ^^ Merci de m'avoir lus :)

Ps: pour ceux ayant lus mon message précédent durant cette nuit, je conseille Holiday de Green Day
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MessageSujet: Re: Contexte géopolitique contemporain   Sam 27 Aoû 2016 - 19:20

Edit d'un post Facebook, parce que flemme de faire nouveau mais envie de poster quand même (c'est pas tout en finesse mais c'est un brouillon).

La subtilité qu'on se refuse souvent à saisir concernant le problème du voile et de la liberté et de la dignité féminine, c'est que c'est un problème vraiment ambivalent (mais il en est de même avec tout problème comprenant le concept de liberté).

Exprimons-le simplement : Est-on libre de choisir l'esclavage ?

Je ne parle pas du voile, mais de manière générale. Donc, est-on libre de renoncer à sa liberté ? Si non, est-on encore libre ? C'est à dire : interdire de se réduire en esclavage, est-ce que ce n'est pas précisément ôter la liberté que l'on entend défendre ?

Dans le cas du voile islamique, et plus actuellement du burkini, je vois beaucoup de défenseurs du droit des femmes se déclarer anti-burkini et réclamer une législation en ce sens. N'est-ce pas faire exploser, paradoxalement, la liberté que l'on souhaite défendre ? Parce qu'au fond, on touche là une caractéristique essentielle de la liberté : elle est indissociable de la volonté de son détenteur. On ne peut pas, par conséquent, forcer quelqu'un à agir librement - c'est une contradiction dans les termes. Donc légiférer en interdisant le voile, quoi que ce soit d'autre, ce n'est en tout cas pas, paradoxalement, une défense de la liberté de la femme, et peut-être même pas de sa dignité. Tout simplement parce qu'on ne peut pas forcer quelqu'un à être libre. On peut le forcer à être conforme à ce que l'on attend de lui, on peut le forcer à avoir une apparence d'émancipation, mais si c'est forcé, précisément, alors ce n'est pas une réelle émancipation, donc ce n'est pas une émancipation tout court. C'est juste la soumission à une législation sociale, et non plus religieuse. De là à y voir un autre asservissement, sachant précisément que la liberté de la femme est toujours bafouée, il n'y a qu'un pas.

La seule manière de faire survenir une émancipation des femmes musulmanes qui portent le voile, c'est pas l'exemple et l'éducation (et probablement aussi l'arrêt du racisme et de la discrimination, y compris à l'embauche). Le problème est social, mais sa résolution ne peut-être que personnelle, sans quoi elle n'est plus une résolution. Elle est un ersatz qui troque les oripeaux de la religion pour ceux de l'Etat, sans rien changer au problème, fondamentalement.
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