La Voie des Marchombres

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 La charité et l'humanitaire

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Nerual
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MessageSujet: La charité et l'humanitaire   Ven 24 Mar 2017 - 11:21

Salut ! :)

Bon, j'ai placé le sujet ici, même si j'ai hésité à le mettre dans "Rapport aux autres", mais vu le début de débat qu'il y a eu ici, par Revan, la société c'était plus pertinent.

Du coup, je vous recopie là ce qu'il a dit :
Revan a écrit:
Moi j'ai envie de réagir à ça : donner la charité ou pas, je crois qu'il ne faut pas se leurrer sur deux choses :

1) Le caractère profondément égoïste de toute action altruiste, par nature. Beaucoup objecteraient que, puisqu'une action altruiste ne nous rapporte rien matériellement et que c'est avant tout par intérêt sincère pour l'autre que l'on agit, c'est précisément l'inverse de l'égoïsme - je répondrais simplement par une question, parce que ce n'est pas le lieu de débattre de cette thèse en détail : mais que veut l'altruiste quand il veut le bien de l'autre ? Ne veut-il pas faire son soleil, et sa pluie ? Sa fortune et sa joie ? Le bienfaiteur, n'est-ce pas une place éminemment enviable, une place de surplomb, louée moralement qui plus est ? Une telle place est trop dorée et trop confortable pour que je ne suspecte pas quiconque s'y assoit d'intérêt pour la place elle-même.

2) Le fait que les œuvres de charité permettent à ce système de survivre. De même que le socialisme réformateur fait doucement rigoler les marxistes (enfin, ils grincent plutôt des dents en même temps) qui savent très bien que c'est un des idiots profondément utiles du capitalisme, les œuvres de charité aident à ce que l'exploitation se perpétue. Si on suit l'analyse de Marx, le capitalisme est en effet un système non-viable par essence, qui comporte un risque de crise endémique (on le voit très bien dans l'expérience) et se détruira sur le long terme de ce fait. Mais il y a ce qui l'aide à survivre en tentant naïvement de le rendre vivable et de l'améliorer (sans changer sa structure fondamentale d'exploitation), aka toutes les "bonnes œuvres" et autres initiatives du genre. L'humanitaire, en somme. Il n'y a pas d'exemple plus frappant du proverbe "l'enfer est pavé de bonnes intentions".

Et de ce fait, est-ce que l'individu engagé dans l'humanitaire n'est pas en train de faire l'exact inverse de ce qu'il croit accomplir ? En soulageant la souffrance, en permettant à ces braves mules de continuer à porter leur fardeau (et donc au système de ne pas s'effondrer sous les révoltes), ne créé-t-il pas infiniment plus de souffrances sur le long terme qu'il n'en soulage dans le cadre bien limité de son action ? En devenant "l'idiot utile" du système, ne fait-il pas plus de mal que de bien ?

Je suis donc plus que réservé vis à vis de toutes ces initiatives, j'avoue. Effectivement on ne changera rien à notre niveau individuel, à ce système, raison de plus pour ne pas rendre sa chute encore plus compliquée en tentant, de dépit et pour des motifs essentiellement égoïstes, de le rendre supportable.

La charité est effectivement un palliatif qui permet à la société de se maintenir. Et dans ce sens je suis d'accord avec ton point 2). (Bon, je suis aussi d'accord avec le 1), hein, mais c'est pas ce dont je vais parler là.) En revanche, je suis plus que mitigée, presque pas d'accord en fait avec ta conclusion.
Ça rend les choses pires de faire la charité, sur le long terme ? Ce serait le cas si le fait de ne pas la faire pouvait aider à renverser le système. Malheureusement, je n'en suis pas sûre. Si on coupe toute la charité du monde, je doute que ceux qui en ont besoin pour vivre se révoltent suffisamment, comme lors de la Révolution Française, pour renverser le système. Ils sont nombreux, mais plus autant qu'à l'époque. Et puis ça perturberait le confort du reste de la population.
Mathématiquement, c'est comme si tu disais : si A={la charité} implique B={le renforcement du système}, alors NON(A)={pas de charité} implique NON(B)={l'affaiblissement du système}. Or, cette implication est fausse de manière logique. Avec un exemple plus simple au niveau de la logique : Si A={il a plu} implique B={la route est mouillée}, cela ne veut PAS dire que NON(A)={il n'a pas plu} implique NON(B)={la route n'est pas mouillée}. Parce qu'il y a peut-être C={le voisin a arrosé son jardin et mouillé la route au passage}. Je ne sais pas quel pourrait être l'événement C dans le cas de la charité, mais je ne suis pas d'accord sur le fait que ça pourrait aider à l'affaiblissement du système.

Ensuite, d'accord, disons que tu y crois et que tu ne pratiques pas la charité. Mais dans ce cas, tentes-tu de changer les choses, toi, individuellement ou groupe, en rassemblant autour de toi ou en faisant d'autres actions ou des études ou que sais-je qui favorise le renversement du système ? Car si tu ne fais rien et que tu t'en contentes, tant mieux pour toi, mais ne viens pas critiquer ceux qui font la charité en disant que c'est mal à long terme. Ne rien faire n'est pas mieux.

Et pourquoi toujours critiquer les actions faites sur fond d'égoïsme ? L'égoïsme n'est pas quelque chose de mal en soi, tout dépend de quelle manière il est utilisé ou de comment tu le perçois. C'est vrai que certaines personnes, et sûrement celles qui bossent dans l'humanitaire vont rarement se considérer comme égoïstes. Donner ou consacrer sa vie à autrui, est rarement vu, en tant qu'action, comme égoïste, même si les motivations le sont peut-être (même si je doute que ce soit le cas pour tout le monde).
Tu parles d'une place dorée ? Tu as lu Demain, une oasis, d'Ayerdhal ? Je ne sais pas comment ça se passe en vrai, mais je doute sincèrement que ce soit une partie de plaisir ou une place dorée. Va faire de l'humanitaire en Afrique, tu ne seras pas bien vu par tout le monde - même par ceux que tu veux aider. Le faire pour être bien vu par la société ? Tu crois vraiment que tout les gens qui s'y intéresse et font de l'humanitaire, le font pour se faire bien voir par la société, le monde, les autres ? J'y crois pas une seconde. Peut-être une infime partie des gens, oui, peut-être ceux qui se contentent de donner de l'argent. Mais je pense pas que ce soit la raison principale des motivations égoïstes. Pour moi, c'est agir pour se supporter soi-même. D'avoir trop d'empathie et de ne pas supporter la souffrance des autres, soi-même, et donc vouloir soulager la leur pour soulager la notre et notre conscience. Pour moi, c'est ÇA qui peut être perçu comme égoïste et pas ce que tu dis.

Mais je ne vois pas ce qu'il y a de mal à ça. Même à long terme. L'inaction n'apportera rien de plus, de ce côté, là. Donc, si tu as envie d'agir pour les autres, soit tu fais des efforts pour toucher le fond du problème et renverser la société, soit tu fais la charité. Suivant ta motivation et ton investissement, tu peux t'attaquer à l'un ou l'autre, sans que ce soit forcément incompatible.

Si on avait la certitude que les masses qui vivent de la charité se rebelleraient sans elle, peut-être en effet qu'il faudrait envisager quelque chose. Mais cette certitude n'existe pas, et d'autre part si c'était vrai, je doute qu'il faille attendre de stopper la charité pour qu'elles se révoltent.



De plus, on peut aussi faire passer ton raisonnement pour quelque chose de profondément égoïste, et pas forcément simplement logique et rationnel. Parce qu'en te disant que ça ne sert à rien, tu peux tranquillement garder tes richesses et ton confort pour toi, tout en laissant ta conscience tranquille. Tu as juste trouvé un moyen détourné pour soulager ta conscience. Chacun fait comme il peut. D'autres n'en ont même pas besoin, puisqu'ils s'en foutent royalement des autres. En terme d'égoïsme, on ne fait pas mieux. Mais du coup, tout le monde l'est ? Est-ce une caractéristique humaine ? Dans ce cas, pourquoi s'en préoccuper alors ? Parce qu'il y aurait différents degrés d'égoïsme ? Et alors, est-ce qu'il ne faudrait pas féliciter ceux qui ont l'égoïsme le plus faible ? Mais lequel serait-il ? Il faudrait revoir tout ce qu'on entend par égoïsme et c'est sans fin.

J'ai juste l'impression que ça rime pas à grand chose, tout ça...



Enfin, vous en pensez quoi vous autres ? ^^
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Remiel Til'Sando
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MessageSujet: Re: La charité et l'humanitaire   Dim 26 Mar 2017 - 15:18

Cela fait des années que je n'ai pas réfléchit, pardonnez la tournure de mes phrases à l'avance ( je ne sais pas comment ça va se passer, je préfère prévenir ).

Il y a beaucoup de points, et au final mis à part le titre du sujet, tu laisses tellement d'ouvertures qu'il est difficile de savoir par où commencer ( d'ailleurs tu finis par parler plus de l'égoïsme il me semble ). Je vais donc partir sur mes propres questions, en reprenant le fond de Revan.

Tout d'abord, pour poser les choses, je suis actuellement en formation pour devenir infirmier. Vous comprendrez donc que le sujet m'interpelle. Les notions d'empathie et d'aide à autrui sont des choses que l'on aborde régulièrement en cours, tant sur le plan théorique que dans l'échange avec les formateurs ou avec d'autres professionnels. Enfin, quelque chose sur laquelle je reviendrais que nous apprenons aussi est à nous positionner par rapport à ces notions, tant d'un point de vue personnel que professionnel.



Il est pour nous admis que celui qui aide les autres le fait aussi pour les autres et AUSSI pour lui-même. Car celui qui aide les autres sans en recevoir de satisfaction n'aura pas l'envie de le faire, et soigner sans envie peut conduire à des déviances, voir à de la maltraitance. Ce qui est inadmissible du fait que nous travaillons avec des êtres humains, et que dans certains cas l'erreur n'est pas permise.

Donc, on peut effectivement dire qu'il y a deux cas de figures en ce qui concerne la charité et l'humanitaire ( je vais parler plus tard de la notion de tourisme humanitaire qui est je pense intéressante ). On peut tout à fait faire de l'humanitaire par compassion et par réel intérêt, parce que c'est quelque chose qui nous tient à coeur, qui colle avec des valeurs que l'on décide de porter ( la véritable action qui est réellement louable est celle qui s'accorde avec les valeurs que l'on se choisit ). On peut d'ailleurs partir faire de l'humanitaire en tant que civil ou professionnel sans qu'il y ait encore de distinction, du moment que c'est quelque chose qui colle avec des valeurs. A partir de là, la notion d'égoïsme ( qui peut être présente dans n'importe quelle situation au final ) apparaît, mais est-ce vraiment pertinent de la faire apparaître et la rattacher à quelque chose de "bien" ? ( Ne me demandez pas de définir ce qui est bien ou mal, nous en aurions encore pour quelques siècles à clôturer le sujet :p ). On peut effectivement conceptualiser toute action, philosopher sur les moindres comportements humains, mais pour moi c'est une sorte de déviance intellectuelle que d'établir des concepts de la sorte surtout si l'on n'a pas l'expérience des choses dont on parle ( no offense ).

Ensuite, il y a effectivement le concept de "tourisme humanitaire", dit à la base "tourisme solidaire". Effectivement ici, on peut parler je crois d'un commerce déguisé en altruisme ( parce que c'est bien d'un business dont il s'agit ici lorsqu'on parle de tourisme ), qui effectivement attire un certain profil de personne pour qui faire la charité n'est qu'une manière de passer de bonnes vacances.  
Je crois que je n'ai rien d'autre à dire sur ce dernier point.

Pour conclure sur cette première partie, je reprends la question de Revan : Que veut l'altruiste quand il veut le bien de l'autre ?

Dans mon cas par exemple, je ne fais pas que vouloir le bien de l'autre, je met des choses en oeuvre pour que cette vision se réalise. Ma place n'est pas forcément enviable, car si je suis étudiant infirmier je travaille en tant qu'aide-soignant, et même si la place est idéalisée, moralement louée, je ne suis pas sûr qu'être confronté aux fluides corporels et autres matières fécales soit l'équivalent d'être mis sur un piédestal. D'autant plus que si le respect vient des usagers du système de soins, l'aide-soignant est considéré par ses collègues infirmiers et médecins comme la chaire à canon qu'on envoie en première ligne ( je généralise uniquement pour servir mon propos, heureusement ce n'est pas le cas partout ). Je pense que l'altruiste, s'il cherche aussi son accomplissement personnel, cherche avant tout et surtout à faire du mieux qu'il peut. Et peut-être qu'il se pose aussi cette question : " Si je ne le fais pas, qui va le faire ? "



Pour ce qui est de la charité, ma réflexion est moins avancée du fait que je ne donne que très peu dans ce domaine ( n'oublions pas que je suis aussi payé pour faire mon métier, c'est quelque chose que j'aurais dû soulever avant aussi, c'est qu'il y a aussi un intérêt matériel à travailler dans les métiers altruistes, comme dans tous les métiers, ce qui je pense place alors la notion d'égoïsme à un plan encore différent ). Le seul exemple que je peux avoir est qu'il m'arrive de donner une pièce ou une cigarette à celui qui me la demande ou non dans la rue, suivant les envies et possibilités. Encore une fois, cela vient de la démarche qui me dit que ça me fait plaisir d'agir de la sorte, sinon je ne vois pas l'intérêt de le faire. En fait je ne sais trop ce qu'est la charité ; d'après ce que j'en sais et les quelques recherches que je viens de faire, la charité est un terme encore trop rattaché à la religion pour que je puisse en parler. Est-ce que faire de l'humanitaire est donc une action charitable ? Est-ce que le terme charité a réellement un sens si l'on se détache du sens religieux ?

Il y a effectivement d'autres sens ; on rattache la charité à la philanthropie, la bonté, l'indulgence, synonyme de porter secours.
On a effectivement notre lien entre charité et humanitaire qui se crée. Dans ce cas si on s'arrête ici, est-ce bien de faire de l'humanitaire ?
C'est bien si telle est notre conviction. Si j'en crois une personne dans ma famille qui part en mission régulièrement pour l'OMS en Afrique, les intentions ne sont pas d'aider les braves mules à continuer de porter le fardeau, mais bel et bien à améliorer leurs conditions pour rendre le fardeau moins lourd ( construction d'hôpitaux, formation du personnel, levée de fond pour acheminer les ressources, construction d'écoles, accès à l'éducation... ). L'enfer se trouvant sur terre avant d'être pavé de bonnes intentions, j'aurais plutôt tendance à considérer ceux qui abandonnent leur paradis pour se battre en enfer sont plus proches de l'ange que du démon, quelles que soient les raisons qui les poussent à y aller ( même si Judas existe, mais c'est encore autre chose ).


Je te rejoins ici, Nerual, par rapport à la conclusion de Revan à laquelle je suis encore plus opposé. On ne va effectivement pas changer le système immédiatement à notre niveau, mais rien n'empêche que les petites actions du quotidiens finissent par se répercuter sur l'entourage. Peut-être pas tout l'entourage ; peut-être que si je me met à trier mes déchets dans un village ou le concept est inconnu les trois quarts des habitants vont me considérer comme un idiot et qu'un quart seulement va s'intéresser à ce que je fais ; mais au final, même si seulement le dixième du quart des individus intéressé se met à trier comme moi ses déchets, j'aurais réussi à changer un peu le monde. Que puis-je faire de plus à part apporter ma petite pierre au mur de notre humanité ?

Certes on peut se faire du mal à force d'essayer d'aider les gens et de voir que rien ne change. Evidemment que je suis impuissant face à un patient dont je sais que sa mort est proche, qu'il partira dans d'horribles souffrances et qu'à part accomplir ses soins quotidiens et lui tenir la main lorsque j'ai quelques minutes de temps personnel je ne peux rien faire d'autre, et bien sûr que ça me fait souffrir. Mais à ce moment là je me demande : "Si personne n'est là pour accompagner cette personne jusqu'à sa fin, qui le fera ?"

L'altruisme et la charité, c'est continuer à avancer, c'est aussi un peu avoir la foi dans un sens.

Et on peut garder la foi, parce qu'il y a aussi des gens qui survivent à leur maladie, quelques personnes qui vont sortir de leur ghetto et faire de grandes études ; c'est pour ça que ça continue d'exister.

Sans venir dire que ta réflexion, Revan, est à l'inverse de ce que tu prétends ( égoïste et non logique comme le suggère Nerual ), je peux simplement en dire que je perçois un peu de rancoeur derrière tes propos, et quelle qu'en soit la raison de cette amertume, j'espère que ce n'est pas ça qui motive ton argumentation, auquel cas je ne peux qu'être triste pour toi..  

Le message est assez long, je m'arrête donc là.

Ma prose est pas trop mal finalement, j'espère que vous aurez réussi à me suivre =)

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Revan
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MessageSujet: Re: La charité et l'humanitaire   Lun 27 Mar 2017 - 20:46

Je vais essayer de répondre rapidement !


Il me semble que tu fais une faute de logique, Lauren, en identifiant NON(B) comme étant affaiblissement du système, et il me suffit presque de le relever pour répondre à ton objection : NON(B), c'est littéralement le NON(renforcement du système), qui n'implique peut-être pas son affaiblissement effectif mais du moins, n'implique pas son renforcement. L'implication est donc vraie, et je ne dis rien de plus que : "Les œuvres de charité rendent la chute du système encore plus délicate".

A aucun moment je ne soutiens que l'arrêt des œuvres de charité entraînera de manière automatique et dans une relation de cause à conséquence stricte, la chute du système capitaliste. Si on suit la théorie de Marx auquel j'ai brièvement fait référence en 2), c'est le capitalisme lui-même qui entraînera sa propre chute à terme, et rien d'autre.

En revanche là où je soutiendrais effectivement que l'arrêt des œuvres de charité et de l'humanitaire en général affaiblirait le système en question, c'est en ajoutant un élément supplémentaire. Je vais le formuler à l'aide d'un exemple : prenons n'importe quel pays du tiers-monde victime d'une guerre civile, où des organisation humanitaire dans lequel tout le monde donne plus ou moins interviennent. Ces interventions servent à donner une bonne image de l'Occident, une image de grand frère du monde, qui prend soin de ses petits camarades moins développés et plus primitifs que lui.

Sauf que, mazette, généralement, pourquoi la guerre civile éclate ? Parce que les dictateurs au pouvoir jouent des rivalités intra-ethniques de pays découpés au couteau par les européens qui n'auraient jamais vu ces ethnies cohabiter dans un même pays autrement, parce que les grandes multinationales arment des milices para-militaires pour mettre le pays à feu et à sang, garantissant ainsi un faible coût de l'exploitation des matières premières, et ce dans la plus totale des impunités (Coca Cola, par exemple, possède un joli dossier de meurtres, corruption de masses et désastres écologiques à la traîne derrière lui. Nos ordinateurs portables, nos téléphones, sont tous fait avec des matériaux extrait d'Afrique - le fameux coltan, par exemple, dont l'extraction est au premier degré ou à divers autres responsable de la mort de centaines de milliers, si ce n'est de millions d'africains. Cessons nous pour autant de recevoir du Coca ? Des ordinateurs ou des téléphones ?).

Alors la question c'est : mais comment diable est-ce que l'on s'arrange avec ça ? Comment on vit avec ? Et bien on se repose sur la perf de morphine : l'humanitaire. Il y a teeeeeeeeellement d'avantages à avoir des associations humanitaires qui travaillent à panser avec des strips les hémorragies que l'on laisse, quand on est une grande firme. C'est à elles, qu'elles profitent le plus, pas à ceux qui ont besoin d'aide. Parce que les actions humanitaire c'est tellement mieux de se concentrer dessus. Combien de reportages on voit sur Médecin Sans Frontière, sur toutes les autres ONG, Green Peace et autres Amnesty International ? Des tas ! Combien on en voit, aux heures de grande écoute, sur l'implication de Samsung dans les guerres civiles en Centrafrique ? Aucun ! Et qui le demande ? Il est tellement plus plaisant de se dire qu'on fait le bien, qu'on investit dans des actions qui sauvent du monde, pour éviter d'avoir à faire un examen de conscience trop poussé des origines des problèmes qu'on traite.

Aussi voilà mon point essentiel : peut-être bien que tous les gens qui travaillent dans l'humanitaire sont des gens passionnés, convaincus et surtout, de bonne foi. Mais sur le plan plus global, l'humanitaire est une redoutable hypocrisie de l'Occident qui se distrait lui-même par tout un tas de bons sentiments sur son action bénéfique, pour éviter de se prendre de plein fouet que l'essentiel des problèmes que l'humanitaire cherche à résoudre sont posés par lui-même, et son système politique et de production. L'humanitaire distrait le peuple, il distrait la foule, des responsables des problèmes qui surgissent : ni plus ni moins qu'eux-mêmes.

Si il n'y avait pas l'humanitaire, la cruauté, la brutalité et la nature du système capitaliste se dévoilerait bien plus aisément et ne pourrait pas se tenir aussi facilement loin du regard. C'est un habile tour de passe passe, mais les organisations humanitaires d'aujourd'hui reviennent plus ou moins, si l'on métaphorise, à avoir un individu schizophrène qui brise la jambe d'un autre individu pour lui piquer sa sucette, et l'autre instant lui bricole une atèle vaguement faite de bric et de brocs. Continuellement, et répétitivement.

Comment on résout la situation ? On arrête de briser des jambes. Et on cesse de bricoler des atèles pour fuir notre responsabilité et se dire après coup que quand même on a aussi une influence positive.

Ce qui veut dire que, pour revenir à des problèmes plus locaux, on ne résout pas les difficultés des sans-abris en créant un fond d'aide et de soutien aux SDF. On s'attaque à ce qui créé et permet l'existence des SDF. On ne résout pas le problème du chômage ou de la pauvreté avec le RSA, on interdit simplement les patrons de gagner plus que, mettons, 5 fois le salaire du plus bas salaire de ses employés, on les exproprie s'ils veulent pas, et on redistribue les richesses beaucoup plus équitablement. On arrête de permettre aux firmes de se servir chez les voisins, plutôt que d'envoyer MSF soigner les blessés des guerres civiles.


L'humanitaire n'est pas une mauvaise chose en soi, évidemment. Mais en tant que composant d'un système, il est un de ses rouages clés pour que tout fonctionne pour le mieux sans que rien ne change fondamentalement. Sans humanitaire, le système en question apparaîtrait bieeeen plus facilement dans sa réalité brute et crue, et son caractère invivable s'accompagnerait vraisemblablement de situation de révoltes et de contestations considérables. Sans le patch de bons sentiments fourni par la charité, il devient juste impensable que le système ne s'écroule pas sous sa propre hideuse apparence.

Pour qu'il y ait charité, il faut qu'il y ait pauvres et riches. Il faut qu'il y ait misère et prospérité d'un côté et de l'autre. La charité a besoin d'un monde qui flanche pour exister. - Investir dans la charité, dépenser et donner du temps et de l'énergie dans la charité, c'est faire exactement la même chose qu'un alcoolique qui prendrait des médicaments pour les maux de ventre en continuant de boire -. Ça donne une illusion temporaire d’apaisement, sans cesse ayant besoin d'être renouvelée, sans s'attaquer au problème initial. Bref, c'est de l'énergie perdue, pire, de l'énergie qui contribue à une apparence mensongère.

Or, pour s'attaquer au problème initial, il faut accepter et faire le choix de la radicalité. C'est pour ça que j'aime bien la vision de Mélenchon, dans le paysage politique contemporain. On peut critiquer le personnage sur bien des points, mais mon dieu que son mérite est grand de réintroduire vraiment dans le discours politique la radicalité, qui y est tellement indispensable.



Je n'ai pas le temps de m'étendre plus, et ça fait déjà beaucoup, donc je vais m'arrêter là. J'espère avoir répondu à certaines de vos objections en développant plus généralement ma vision de la charité et de l'humanitaire sans vouloir faire une réponse point par point aux objections soulevées.
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