La Voie des Marchombres

Forum de réflexion consacré aux Marchombres et aux livres de Pierre Bottero...
 
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 Christian Bobin

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MessageSujet: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeDim 11 Juil 2010 - 16:53

Voilà, cela fait un moment déjà que je vous avais promis un sujet sur lui, cet après-midi j'ai enfin pris le temps de recopier un certain nombre de citations qui me tiennent à cœur !

Parce que les livres de Christian Bobin sont assez indescriptibles Christian Bobin 971174
De la poésie. De la pure poésie en prose.
Parfois de "simples" textes, parfois de petits romans où le réel, la poésie et l'imaginaire se lient de façon extraordinaire.

Rien ne vaut ses mots pour montrer ce qu'il est vraiment, alors je lui laisse la parole, vous souhaitant une belle rencontre qui vous donnera, je l'espère, l'envie de plonger dans son univers :


Tout le monde est occupé :

Like a Star @ heaven
Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube chaque fois se lève, se lève, se lève.


Like a Star @ heaven
Je m'appelle Manège, j'ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton . En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d'une part, les coccinelles n'ont pas bon goût. D'autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d'ordinaire. Il n'y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, et c'est pareil : il n'y a que des miracles dans ce monde.


Like a Star @ heaven
Nous nous déplaçons avec nous-mêmes, nous nous déplaçons en nous-mêmes. Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.


Like a Star @ heaven
L'amour traverse les apparences et en les traversant, il les brûle.


~~~~~~~


La femme à venir :

Like a Star @ heaven
C'est une chose fragile que la lumière du jour. On y grandit. On y marche. On y attend quelque chose, on ne sait trop quoi. Oui, mais voilà : où trouver la force d'attendre, quand le visage aimé est recouvert de terre ?
Toute lumière nous venait de ce visage. Maintenant on n'y voit plus.


Like a Star @ heaven
Le frère reste une semaine, puis il s'en va. Il parle beaucoup. Il dit le travail, les villes, l'ambition. C'est une gêne qui vient peu à peu en l'écoutant. On ignore d'où elle vient. On trouve d'un seul coup : il est absent de sa parole – comme en retrait. C'est une parole sérieuse, responsable, décidée. Morte.


Like a Star @ heaven
Albe regarde dans la vitre une petite fille, qui a son âge, qui a perdu sa mère et qui, donc, doit être terriblement triste. Allongée sur la banquette du train, elle ferme les yeux. Elle contemple la tristesse qui est en elle.
Elles sont deux en une, à présent : l'insoucieuse et l'inconsolable.
On ne pourra plus les séparer.


Like a Star @ heaven
Eclat très sombre du violoncelle. Coup d'archet en travers du coeur. Maintenant les musiciens se lèvent, prennent les chaises sous leurs bras et regagnent les coulisses. C'est l'adolescence, la fin du premier mouvement. La scène est vide. Les musiciens ne reviendront plus. La suite de la partition fait défaut : à toi d'inventer le mouvement suivant, l'adagio, l'amoureuse lenteur, le sacre immobile. A toi de l'écrire puis de le jouer, toute seule. Toute seule, comprends-tu. Toute. Seule.
Devant toi, la terre promise : mariage, enfants, travail. Ce désert. Après quoi, silence. Vers la mort, très chère, nous allons. Tous. En dansant ou en boitant, en riant ou en geignant, peu importe, puisque c'est là que nous allons.


Like a Star @ heaven
Ce qui est vraiment dit, ce n'est jamais avec des mots que c'est dit. Et on l'entend quand même. Très bien.


Like a Star @ heaven
On est très près d'une autre vie. Aucun doute là-dessus. Une vie toute rose, peinte en neuf. On la touche presque du bout des doigts. Les pensées y volent déjà - et l'air y est ample. Le cœur y bat déjà - comme détaché, en éclaireur. Et pourtant rien n'arrive. C'est qu'on est empêché. On croit que c'est quelque chose qui empêche. On cherche. On n'a aucune chance de trouver parce que ce n'est pas une chose qui empêche, c'est soi-même : on tient encore à cette vie morte, que l'on n'aime plus. On tient encore à trop de choses. Comment faire. Comment se quitter soi-même - ce qui serait la seule manière de tout quitter. Ce qu'il faudrait, c'est un ange. Un vrai. Avec de la douceur, avec de la violence. Avec des façons dures et invisibles. Quelqu'un qui vous enlève de tout, sans aussitôt vous attacher à lui.


Like a Star @ heaven
Il n'y a pas d'autre attente que de vivre.


~~~~~~~


L'enchantement simple :

Like a Star @ heaven
Il marche lentement dans la force éternelle, il s'éloigne de toute maîtrise comme de toute servitude. Il n'obéit plus qu'au flux des étoiles dans le sang, et c'est d'un pas léger qu'il marche : comme si l'évidence de la perte se doublait de l'évidence d'un salut. Comme si les deux silences – celui de la mort enrobée dans la vie et celui de la vie dérobée à la mort – n'en avaient jamais fait qu'un seul : celui de l'enfance en son deuil infini, en son rire éternel.


Like a Star @ heaven
Dans l'immensité lumineuse d'un silence que les mots effleurent sans le troubler.


Like a Star @ heaven
Rien, jamais, ne serait acquis. Mais, du moins, je renouais avec cette liberté profonde et courtoise, transmise par mes parents, par-delà la fatigue des nuits interrompues et des jours incertains : aucun savoir ne peut résoudre l'étonnement de notre vie. Aucune illusoire maîtrise ne peut détourner le cours de l'insouciant ruisseau qui va en nous et qui ne sait où il va, accédant à des instincts en friche, bouleversant des terres sans âge, dont le soulèvement se confond alors avec la douleur qui nous en vient, insupportable, radieuse. Ainsi avais-je appris ma leçon, oubliant tout le reste qui méritait d'être oublié et que les écoles infligent aux enfants assombris. Leçon ancestrale, coutume venue de la nuit des temps : attendre infiniment, mais sans rien attendre de personne. Inventer dans le silence d'une rêverie mes propres contemporains : cette franchise d'une étoile, cette pure mélodie d'un feuillage, cet atome de lumière sur le mur. Couper et tailler les plus souples branches de l'âme, puis les confier au quatuor de l'air, du feu, de la terre et de l'eau, afin que toutes choses viennent en moi éprouver leur résonance, dans l'anonymat de mon nom, dans l'oubli de toute appartenance. Regarder se lever l'arc-en-ciel sur la page rafraîchie par l'ondée d'une absence. Et, surtout, fuir la persuasion des raisons, la douceur des consolations, la bienveillance des maîtres. Ne servir que ce maître-mot : l'amour.


Like a Star @ heaven
Si nous considérons notre vie dans son rapport au monde, il nous faut résister à ce qu'on prétend faire de nous, refuser tout ce qui se présente – rôles, identités, fonctions – et surtout ne jamais rien céder quant à notre solitude et à notre silence. Si nous considérons notre vie dans son rapport à l'éternel, il nous faut lâcher prise et accueillir ce qui vient, sans rien garder en propre. D'un côté tout rejeter, de l'autre consentir à tout : ce double mouvement ne peut être réalisé que dans l'amour où le monde s'éloigne en même temps que l'éternel s'approche, silencieux et solitaire.


Like a Star @ heaven
Le vent heurte un feuillage de la même façon que la parole d'amour touche le visage de l'amoureuse, provoquant même grâce d'abandon, même petite fièvre radieuse. Le' vent et la parole d'amour disent la même chose.


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Il faudrait accomplir toutes choses et même les plus ordinaires, surtout les plus ordinaires – ouvrir une porte, écrire une lettre, tendre une main – avec le plus grand soin et l'attention la plus vive, comme si le sort du monde et le cours des étoiles en dépendaient, et d'ailleurs il est vrai que le sort du monde et le cours des étoiles en dépendent.


Like a Star @ heaven
Très peu de vivants et beaucoup de morts dans cette vie – mort étant celui qui ne se lâche jamais et ne sait pas s'éloigner de soi dans un amour ou dans un rire.


~~~~~~~


La présence pure :

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Ce qui ne peut danser au bord des lèvres
S'en va hurler au fond de l'âme


Like a Star @ heaven
Sur les lèvres de nos sages, rien qu'un sourire, une fleur de sourire, une neige de sourire - et dans les yeux de nos fous, même sourire, même fraîcheur.
Car nos sages et nos fous, ce sont les mêmes.


Like a Star @ heaven
Car chez nous point n'est besoin de mots : un sourire suffit – la rosée d'un sourire sur l'herbe d'un silence.


Like a Star @ heaven
Bonne vitesse – la course du rire dans les yeux de l'enfant.
Bonne lenteur – la croissance du brin d'herbe sous la neige.
Mauvaise vitesse – l'éclair de l'envie sous le feuillage de l'âme.
Mauvaise lenteur – la taupe d'une douleur dans les jardins du sang.
Chez vous la vitesse est donnée par l'argent. C'est une vitesse bien plus grande que celle de la lumière. C'est la vitesse de l'ombre. Elle est chez vous souveraine.
Chez nous chaque vie a son allure, son rythme propre qu'elle cherche au long des jours. La plupart hésitent, tâtonnent, trébuchent. Ils cherchent dans les livres, ils cherchent auprès d'une femme, ils cherchent auprès d'un dieu, partout ils cherchent ce qui n'est qu'en eux-mêmes, cette alliance de douceur et de force, cette cadence la plus profonde de l'âme, ce mélange le plus secret de l'eau de la lenteur avec le vin de la vitesse.
Un seul rythme est partagé par tous, celui de l'amour à son aurore.


Like a Star @ heaven
D'où vient le vent ? D'un livre ancien qu'on a oublié de refermer.
A quoi reconnaît-on la parole juste ? A son silence.
Qu'est-ce que la neige ? Un peu de froid, beaucoup d'enfance.
Qui danse jusqu'à l'aube ? L'étoile.
Qui marche en effaçant ses pas ? La bonté.
Qu'est-ce qui distingue les anges de nous ? Leur très grand naturel.
Comment s'appelle le chien qui mord son maître ? La gloire.
Qui rit après sa mort ? La pluie dans le feuillage.
Qui mange dans notre main ? L'espoir.
Qui ne vient chez nous qu'en notre absence ? L'amour.
Qui a la fièvre sans jamais être malade ? Le temps.
Qui essuie la lumière avec un chiffon sale ? La folie.
Qui entre sans qu'on l'invite et sort sans qu'on la chasse ? La vie.


Like a Star @ heaven
C'est un dernier secret que nous vous confions, c'est le plus grand secret que nous remettons entre vos mains avides : ce qui veut nous anéantir est en réalité ce qui nous est le plus favorable. C'est en n'y résistant pas que nous y découvrons la meilleure part de nous-même – celle qui, pour nous sauver, doit commencer par nous perdre.
Entrez. Prenez ce qui vous enchante et détruisez le reste.
A la fin, à la fin des fins, restera l'indestructible, le trop léger pour mourir, le trop fin pour brûler.
Autour de cela nous nous retrouverons, vous et nous.
Ensemble.


Like a Star @ heaven
Entre la terre et le ciel, une échelle. Le silence est au sommet de cette échelle. La parole ou l'écriture, si persuasives soient-elles, n'en sont que des degrés intermédiaires. Il faut n'y poser le pied que légèrement, sans insister. Parler, c'est tôt ou tard faire le malin. Ecrire, c'est tôt ou tard faire le malin. A un moment ou à un autre. Inévitablement. Irrésistiblement. Seul le silence est sans malice. Le silence est premier et dernier. Le silence est amour – et quand il ne l'est pas, il est plus misérable que du bruit.
Les heures silencieuses sont celles qui chantent le plus clair.


Like a Star @ heaven
La vérité vient de si loin pour nous atteindre que, lorsqu'elle arrive près de nous, elle est épuisée et n'a presque plus rien à nous dire. Ce presque rien est un trésor.


Like a Star @ heaven
La vérité est ce qui brûle. La vérité est moins dans la parole que dans les yeux, les mains et le silence. La vérité ce sont des yeux et des mains qui brûlent en silence.


Like a Star @ heaven
Les fleurs des acacias, blanches et grêles, ont l'éclat d'un baiser d'enfant.
Quelques fleurs, vendangées par une pluie nocturne, sont tombées sur une table du jardin de la maison de long-séjour.
Mon père les regarde.
Il a dans les yeux une lumière qui ne doit rien à la maladie et qu'il faudrait être un ange pour déchiffrer.



Christian Bobin 971174 Christian Bobin 971174 Christian Bobin 971174

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Semons l'intention de l'avenir dans la réalité du présent !
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Pièce 9 donc : la pièce manquante. Celle que l'on cherche ardemment, vaillamment, désespérément parfois et qui, en se refusant à nous, nous pousse en avant. Celle qui nous interdit de croire qu'on est arrivé et nous souffle à l'oreille que le plus beau est à venir.
Que le plus beau est avenir. Toujours.

[Pierre]
Christian Bobin 971174


Dernière édition par Ipiutiminelle le Mer 21 Sep 2011 - 21:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeDim 11 Juil 2010 - 17:02

Christian Bobin 971174

C'est...
.
Et plus encore.

Christian Bobin 971174

~

Heu, dis, tu pourrais nous donner quelques titres? =)

Christian Bobin 394131
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MessageSujet: Re: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeDim 11 Juil 2010 - 20:04

Dans ceux que j'ai relu récemment et d'où sont tirées ces citations, il y a :

Like a Star @ heaven L'Enchantement simple (recueil de textes)

Like a Star @ heaven La Présence pure (recueil de textes)

Like a Star @ heaven Tout le monde est occupé (roman)

Like a Star @ heaven La femme à venir (roman)



Et puis dans ceux que je n'ai pas encore relu ou alors jamais lu, il y a :

Like a Star @ heaven Ressusciter
[Il y a une étoile dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir.]

Like a Star @ heaven La part manquante
[Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.]

Like a Star @ heaven Prisonnier au berceau
[J'ai été seul pendant deux mille ans - le temps de l'enfance. De cette solitude, personne n'est responsable. Je buvais du silence, je mangeais du ciel bleu. J'attendais. Entre le monde et moi il y avait un rempart sur lequel un ange montait la garde, tenant dans sa main gauche une fleur d'hortensia - une sorte de boule de neige bleue. Peut-on imaginer cela ?]

Like a Star @ heaven L'inespérée
[Je suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n'a rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire, le fait simple et pauvre d'être pour chacun au bord des eaux de sa mort noire et d'y attendre seul, infiniment seul, éternellement seul. La pureté est la matière la plus répandue sur la terre. Elle est comme un chien. Chaque fois que nous ne nous reposons sur rien que sur notre cœur vide, elle revient s'assoir à nous pieds, nous tenir compagnie.]

Like a Star @ heaven La plus que vive
[Tu meurs à quarante-quatre ans, c'est jeune. Aurais-tu vécu mille ans, j'aurais dit la même chose : tu avais la jeunesse en toi, pour toi. Ce que j'appelle jeune, c'est vie, vie absolue, vie confondue de désespoir, d'amour et de gaieté. Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le cœur a la jeunesse pour lui, en lui, avec lui. Je t'ai toujours perçue avec ces trois roses, cachées, oh si peu, dessous ta vraie douceur.]

Like a Star @ heaven Geai
[Geai était morte depuis deux mille trois cent quarante-deux jours quand elle commença à sourire.]

Like a Star @ heaven La lumière du monde
[paroles de Christian Bobin]

Like a Star @ heaven La dame blanche
[sur la vie d'Emily Dickinson]

etc
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Pièce 9 donc : la pièce manquante. Celle que l'on cherche ardemment, vaillamment, désespérément parfois et qui, en se refusant à nous, nous pousse en avant. Celle qui nous interdit de croire qu'on est arrivé et nous souffle à l'oreille que le plus beau est à venir.
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MessageSujet: Re: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeMer 21 Sep 2011 - 22:26

Le message de Laure à propos de Christian Bobin, l'autre jour, m'a donné envie d'y replonger un peu et de ressusciter ce topic ;-)

J'ai relu La plus que vive et L'inespérée cette semaine, je m'en vais vous en offrir quelques passages, ainsi que ceux de deux autres livres.
C'est un euphémisme de dire que j'aime toujours autant et que ces livres ont une magie particulière... <3

Je vous les conseille vraiment, vraiment, vraiment ! Christian Bobin 575385


La part manquante :

Like a Star @ heaven
Ca commence comme ça, ça commence toujours comme ça, c'est par les livres que ça commence. Les premiers livres, les premières nuits miraculées de lire, les yeux rougis, le coeur battant. La lecture intervient très tard dans la vie : vers les six, sept ans, après la fin de l'éternel. Avant de savoir lire, on écoute les voix qui épellent le monde, la voix des proches, le murmure de l'eau vive sur les sables du sang. La lecture suscite une absence qui ramène vers cette prime enfance, au bord de cet amour qui à jamais manquera de mots. [... et tout le reste de cette nouvelle, La baleine aux yeux verts :)]

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Vous écoutez la voix dans l'univers aux murs d'étoiles. Aimer c'est aimer ce qui est simple, et donc mystérieux. Ce qui est compliqué n'est jamais mystérieux. Ce qui est compliqué est sans importance. Rien n'est plus simple que la voix. Rien n'est plus obscur que la voix. Vous écoutez la parole qui guérit. Elle guérit les âmes captives, les sources noires. Elle change la douleur en lumière. [... et toute la nouvelle La voix, la neige]

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C'est quoi, réussir sa vie, sinon cela : cet entêtement d'une enfance, cette fidélité simple : ne jamais aller plus loin que ce qui vous enchante à ce jour, à cette heure. Emprunter ce chemin qu'on ne suit qu'à s'y perdre. Il n'y a pas d'apprentissage de la vie. Il n'y a pas plus d'apprentissage de la vie que d'expérience de la mort. La rupture avec soi est le plus court chemin pour aller à soi.



Geai :

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Est-ce qu'un sourire peut changer le cours d'une vie ? Voilà une bonne question. La preuve : elle continue de vivre bien après que l'on y a répondu, que cette réponse soit oui ou qu'elle soit non. Elle se moque de sa réponse. Elle file, vagabonde, musarde, bat des ailes - papillon de la question insoucieux du filet des réponses. Est-ce qu'un sourire, sachant qu'il ne dure jamais qu'un dixième de seconde, est assez solide pour y bâtir sa vie entière, des années et des années ? Pas de réponse, au diable les réponses, au diable les années et les années.

Like a Star @ heaven
Certaines choses et certains êtres ont besoin de la distance qui les sépare de nous, et que cette distance demeure infranchissable. Ils y puisent leur nourriture.

Like a Star @ heaven
Non, je n'ai pas envie d'une piscine. Est-ce que j'ai seulement envie de quelque chose ? J'ai tout. Chaque matin j'ouvre les yeux et je me découvre milliardaire : la vie est là, discrète,, bruyante, colorée, petite, immense. Le chaos, les siècles et les étoiles ont bâti cette merveille pour moi, pas que pour moi, bien sûr, mais est-ce ma faute si je sais reconnaître un cadeau, si je ne fais pas grise mine devant ce trésor, est-ce ma faute si je n'ai pas le goût de faire le tri et si tout me vient comme une chance, même les migraines, même cette douleur au gros doigt du pied gauche ?

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Voir, entendre, aimer. La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin, au réveil.




L'inespérée :

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La vérité, on ne peut l'avoir, seulement la vivre.

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La vulgarité, ont dit aux enfants qu'elle est dans les mots. La vraie vulgarité de ce monde est dans le temps, dans l'incapacité de dépenser le temps autrement que comme des sous, vite, vite, aller d'une catastrophe aux chiffres du tiercé, vite glisser sur des tonnes d'argent et d'inintelligence profonde de la vie, de ce qu'est la vie dans sa magie souffrante, vite aller à l'heure suivante et que surtout rien n'arrive, aucune parole juste, aucun étonnement pur. Et votre ami, après l'émission, il s'inquiète un peu, quand même, pourquoi cette haine de la pensée, cette manie de tout hacher menu, et la réalisatrice lui fait cette réponse, magnifique : je suis d'accord avec vous mais il vaut mieux que je sois là, si d'autres étaient à ma place, ce serait pire. Cette parole vous fait penser aux dignitaires de l'Etat français durant la Seconde Guerre mondiale, à cette légitimité que se donnaient les vertueux fonctionnaires du mal : il fallait bien prendre en charge la déportation des juifs de France, cela nous a permis d'en sauver quelques-uns. Même abjection, même collaboration aux forces du monde qui ruinent le monde, même défaut absolu de bon sens : il y a des places qu'il faut laisser désertes.

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L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi - vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

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Je reviens de Bretagne, mon amour. La Bretagne est une terre belle comme l'enfance : les fées et les diables y font bon ménage. Il y a des pierres, de l'eau, du ciel et des visages - et ton nom partout chantant dessous le nom des pierres, de l'eau, du ciel et des visages.

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Je suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n'a rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire, le fait simple et pauvre d'être pour chacun au bord des eaux de sa mort noire et d'y attendre seul, infiniment seul, éternellement seul. La pureté est la matière la plus répandue sur la terre. Elle est comme un chien. Chaque fois que nous ne nous reposons sur rien que sur notre cœur vide, elle revient s'assoir à nous pieds, nous tenir compagnie.




La plus que vive :

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Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l'âme. Les deux naissances sont comme un arrachement. La première jette le corps dans le monde, la seconde balance l'âme jusqu'au ciel.

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Je te parle à voix basse, je te parle à voix folle, j'emprunte la voix des gens du douzième siècle pour te parler, j'emprunte les mots de rose et d'églantier, les sentes d'amour courtois, les troubadours vantaient la grâce d'une femme qui n'était pas la leur mais celle d'un prince, aujourd'hui tu es l'épouse du roi de la lumière, tu dors entre les bras puissants de Dieu et cela ne m'empêche pas de te parler et de continuer ma cour, rien ni personne, jamais ne m'en empêchera, ni prince ni Dieu, en te parlant je donne à ma parole la chance d'être assez douce, assez folle pour ne jamais aller au gris d'un bavardage, au début j'ai bien cru perdre ma voix, la parole et la mort sont comme deux personnes qui voudraient entrer dans une pièce en même temps et se gênent, demeurent bloquées sur le seuil, au début la mort devenait de plus en plus grande et la parole bégayait de plus en plus, ensuite j'ai compris qu'il fallait éviter comme la peste tout ce qu'on croit savoir à ce sujet, tous les mots convenus sur la douleur et la nécessité de revenir à une vie distraite, j'ai compris que, comme pour la vie, il ne fallait écouter absolument personne et ne parler d'une mort que comme on parle d'un amour, avec une voix douce, avec une voix folle, en ne choisissant que des mots faibles accordés à la singularité de cette mort-là, à la douceur de cet amour-là.

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C'est imprévisible et cela vient de n'importe quel horizon : la nouvelle de ta mort m'est délivrée par petites touches, par à-coups, je crois à chaque fois l'avoir entendue, apprise, comprise, et puis non, c'est comme si tu étais partie à l'étranger, sans laisser ton adresse mais en écrivant, et comme "là-bas" il n'y a ni encre ni papier, tu te sers de n'importe quoi pour tes lettres, une odeur de seringa ou de violette, tes fleurs préférées, un mouvement des lumières, ou comme aujourd'hui l'image d'une allée d'arbres à la télévision, je ne sais pas pourquoi une si faible image me remet devant ta mort, ce n'était même pas un arbre réel, juste des points de couleur sur un écran et voilà, j'ai à nouveau appris que nous ne nous promènerions plus ensemble, que le bruit du vent dans les feuilles d'acacia avait divorcé d'avec la rumeur de ton rire, j'apprends chaque jour ainsi, il faut croire que j'oublie au fur et à mesure, nous, les vivants, sommes devant la mort de bien mauvais élèves, les jours, les semaines et les mois passent, et c'est toujours la même leçon au tableau noir.

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Il y a mille façons de parler aux morts. Il fallait la folie d'une petite de quatre ans et demi pour comprendre que nous avions peut-être moins à leur parler qu'à les entendre, et qu'ils n'avaient qu'une seule chose à dire : vivez encore, toujours, vivez de plus en plus, surtout ne vous faites pas de mal et ne perdez pas le rire.

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Tu meurs à quarante-quatre ans, c'est jeune. Aurais-tu vécu mille ans, j'aurais dit la même chose : tu avais la jeunesse en toi, pour toi. Ce que j'appelle jeune, c'est vie, vie absolue, vie confondue de désespoir, d'amour et de gaieté. Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le cœur a la jeunesse pour lui, en lui, avec lui. Je t'ai toujours perçue avec ces trois roses, cachées, oh si peu, dessous ta vraie douceur.

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Tu as pleuré en voyant ce film. Je t'en ai trouvé la cassette plus tard. Elle est là-bas, chez toi. Je voudrais tellement la regarder encore, je ne supporterai plus jamais de la regarder, je voudrais regarder en face ce que je ne supporte pas, j'attends ton retour, c'est plus fort que moi, j'attends l'inattendu, quoi d'autre attendre, j'espère l'inespéré, quoi d'autre espérer, la vie, la vie, la vie.

Like a Star @ heaven
Je regarde les tiens, Clémence, Hélène, Gaël. Ils sont, quelques mois après, dans l'apprentissage de ton absence. C'est fou ce qu'une mort met de temps à nous atteindre. C'est fou comme nos crânes sont durs et ce qu'il faut de temps au réel pour les percer. Tes enfants sont dans des âges et des lieux différents. Je les regarde inventer, chacun à sa manière, un chemin là où l'on aurait pu croire qu'il n'y en avait plus.

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[Pauline Alphen]



Pièce 9 donc : la pièce manquante. Celle que l'on cherche ardemment, vaillamment, désespérément parfois et qui, en se refusant à nous, nous pousse en avant. Celle qui nous interdit de croire qu'on est arrivé et nous souffle à l'oreille que le plus beau est à venir.
Que le plus beau est avenir. Toujours.

[Pierre]
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MessageSujet: Re: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeLun 7 Nov 2011 - 17:31

Ressusciter :

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Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d'espérance, rien d'autre : telle est la petite chambre dont l'âme est locataire.

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Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir.

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Devant la mort nous serons comme à notre naissance, radicalement privés de toute puissance. C'est à cette faiblesse en nous que l'amour devrait s'adresser pour ne jamais se perdre.

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Je suis un jour entré dans un lien où chaque parole de l'un était recueillie sans faute par l'autre. Il en allait de même pour chaque silence.
Ce n'était pas cette fusion que connaissent les amants à leurs débuts et qui est un état irréel et destructeur. Il y avait dans l'amplitude de ce lien quelque chose de musical et nous y étions tout à la fois ensemble et séparés, comme les deux ailes diaphanes d'une libellule. Pour avoir connu cette plénitude, je sais que l'amour n'a rien à voir avec la sentimentalité qui traîne dans les chansons et qu'il n'est pas non plus du côté de la sexualité dont le monde fait sa marchandise première - celle qui permet de vendre toutes les autres. L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse.


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Ce n'est pas sa beauté, sa force et son esprit que j'aime chez une personne, mais l'intelligence du lien qu'elle a su nouer avec la vie.

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Que les gens disparaissent est au fond moins surprenant que de les voir apparaître soudain devant nous, proposés à notre cœur et à notre intelligence. Ces apparitions sont d'autant plus précieuses qu'elles sont infiniment rares. La plupart des gens sont aujourd'hui si parfaitement adaptés au monde qu'ils en deviennent inexistants.

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Il n'y a pas d'autre consolation que la vérité.



Prisonnier au berceau :

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J'écris ce livre pour tous ces gens qui ont une vie simple et très belle, mais qui finissent par en douter parce qu'on ne leur propose que du spectaculaire.

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Aux enfants on apprenait jadis que Dieu est dans le ciel. Mais qui leur apprendra que le ciel est sur terre, partout étincelant dans les choses simples ?

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Les gens croient montrer leur profondeur quand ils brassent des opinions. Mais les opinions sont des branches mortes flottant sur l'eau croupie de l'époque.


Un assassin blanc comme neige :

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Le temps se chasse comme une mouche.
La fenêtre grande ouverte donne sur l'éternel. Il n'y a jamais eu qu'un seul jour.


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Savoir qu'on est vivant est tout savoir.

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Toute notre vie se passe à rentrer chez nous.

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La vie éternelle est la vie ordinaire délivrée de nos ensommeillements.

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Un jour nous comprendrons que la poésie n'était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de respirer dans le bloc du réel.

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Semons l'intention de l'avenir dans la réalité du présent !
[Pauline Alphen]



Pièce 9 donc : la pièce manquante. Celle que l'on cherche ardemment, vaillamment, désespérément parfois et qui, en se refusant à nous, nous pousse en avant. Celle qui nous interdit de croire qu'on est arrivé et nous souffle à l'oreille que le plus beau est à venir.
Que le plus beau est avenir. Toujours.

[Pierre]
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MessageSujet: Re: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeSam 9 Juin 2012 - 21:23

Parce que ça fait un bout de temps que t'en entendre parler me donnait envie de découvrir Christian Bobin, j'ai fini la Part manquante aujourd'hui. Poésie, musique, oui, il n'y a que ça qui me vient à l'esprit.

Et quelques citations :
- La Meurtrière
" Il y a des livres que l'on ne sait pas dire, à peine montrer du doigt, comme la première étoile dans le ciel mauve. Celui-là est ainsi, réfractaire. Ses phrases vous retiennent. Elles sont claires, d'une clarté qui aveugle. Elles vous arrêtent très vite, au bout d'une page ou deux. Elles font comme un enfant qui s'agrippe à vous et ne vous lâchera pas tant que vous n'aurez pas satisfait sa demande."

- La pensée errante
" Vous ne voyez que par elle. Voir, pour vous, c'est toujours faire l'offrande du regard à une seule. C'est aller loin dans le songe et lui ramener des fleurs de vos provinces lointaines."

- La voix, la neige
" Vous faites une promenade dans la neige. C'est la première neige de l'année. C'est comme chaque fois la première neige de votre vie. Elle est légère comme l'esprit. Elle est claire comme l'enfance. Elle est blanche, toute blanche comme l'esprit d'enfance. Elle recouvre la pensée. Elle éclaire le coeur. Elle est votre vie blanche. Elle est votre seule vie, que vous ne vivez pas."
"Et vous découvrez déjà la première vertu du chant, qui est de rendre la voix à son destin de lumière et de neige."

- La parole sale
" Un amour de nul amour. On ne sait pas comment le nommer. On peut dire l'amitié, si on veut. C'est un des mots les plus proches. On peut dire aussi bien le début de l'automne, la faiblesse des lumières dans le ciel, l'invisible paysage."

- Le billet d'excuse
" Il n'est pas perdu, le pain perdu, puisqu'on le mange. Il n'est pas perdu, le temps perdu, puisqu'on y touche à la fin des temps et qu'on y mange sa mort, à chaque seconde, à chaque bouchée."

- L'écrivain
" La vérité a le regard d'un mort. C'est un visage retourné comme un gant. Un visage sans dedans ni dehors. Un mort c'est comme personne. Un mort c'est comme tout le monde. Tout va vers ce visage, comme vers sa perfection. La peur, l'attente, la colère, l'espérance de l'amour et les soucis d'argent, tout va vers ce visage comme vers un dernier mot. Le mort se tait pour dire en une seule fois. Le mort dit vrai en ne disant plus, et si, sur lui, l'on jette tant de silence, c'est pour ne rien entendre."
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MessageSujet: Re: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeDim 10 Juin 2012 - 12:31

Ca me fait vraiment plaisir que tu aies lu et que tu aies aimé ! =)
En espérant que ça donnera envie à d'autres d'ouvrir un de ses livres aussi... <3

Tes citations sont très belles, ça me donne envie de me replonger dans son univers si particulier et si poétique ! Christian Bobin 394131

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MessageSujet: Re: Christian Bobin   Christian Bobin Icon_minitimeDim 21 Juil 2013 - 21:27

Ce sujet est une suite de citations, mais c'est à mon avis vraiment le seul moyen de vous donner une idée de ce qu'écrit Christian Bobin. Alors, je continue et je m'en viens partager avec vous des extraits de son dernier livre : L'homme-joie.
Inutile de vous dire que j'ai "aimé", le mot est bien trop faible... Christian Bobin 971174 


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Ecrire, c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l'ouvrir.

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Je veux ici parler simplement de ce qu'on appelle une "belle journée", un "ciel bleu". Ces expressions désignent un mystère. Un couteau de lumière dont la lame fraîche nous ouvre le cœur. Nous sommes enfouis sous des milliers d'étoiles. Et parfois nous nous en apercevons, nous remuons la tête, oh juste quelques secondes. C'est ce que nous appelons du "beau temps".

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Je rentre dans mon horloge suisse et m'endors en pensant comme chaque soir que le plus beau est à venir.

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La vie est à peu près cent milliards de fois plus belle que nous l'imaginons - ou que nous la vivons.

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Yeux murés par l'éternel, j'avale les féeries de l'air. Et j'écris. C'est ma réponse au sans réponse, mon contrechant, un bruit d'ailes dans le feuillage du temps. Je ne peux pas te parler du mimosa puisque tu n'es plus là. Mais le mimosa, lui, me parle très bien de toi : tout ce qui est délicat a traversé le pays des morts avant de nous atteindre.

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Le silence, ce cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir.

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J'ai fait la course sur la terrasse avec une fourmi et j'ai été battu. Alors je me suis assis au soleil et j'ai pensé aux esclaves milliardaires de Wall Street.

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Tu ouvrirais ce carnet. Tu verrais qu'il y serait question du ciel, de cette part du ciel qui reste en nous, électrisée, nocturne, sauvage, inaliénable. Tu verrais sur le bleu de ces pages la blancheur d'une étoile, qui est celle aussi du sel, du feu. Des mots passeraient sous tes yeux, dans le matin de tes yeux. Un mot comme celui-là : "âme". L'âme. Un linge frais de soleil, amoureusement plié. Un drap d'or pour la couche des amants, liseré de noir, brodé avec les initiales conjointes de l'orage et de l'aurore. Tu lirais encore, plus loin. Vers d'autres mots. Tu lirais les mots précieux, les mots ruisselants, les mots princiers, ceux du désespoir, ceux, les mêmes, de l'espoir. Tu comprendrais alors. Tu comprendrais que dans chacun de ces mots, sur chacune des ces pages, il n'aurait été question que de toi, que de cette merveilleuse coïncidence entre toi et l'amour que j'ai de toi. Entre toi et ces mots qui sont les miens pour te dire. Entre toi et ces mots conçus dans la nuit, engendrés par ce désordre qui suit ton entrée en mon âme et qui la pacifie. Tu comprendrais que tu ne m'as jamais empêché d'écrire. Tu comprendrais que je n'ai jamais écrit que pour toi, même avant de te connaître, même dans le temps, dans l'immensité sombre du temps précédant notre rencontre. Dans ce désert. J'écrivais alors dans l'attente de l'amour, dans l'attente de sa venue, dans l'impossibilité de sa venue. J'écrivais des mots plus orageux que la nuit, plus sombres que la nuit, dans l'espoir de la passer, de défaire la nuit par plus de nuit. A présent j'écris. Dans l'amour, dans la lumière, j'écris. Avec des mots plus lumineux que la lumière, pour passer la lumière, pour atteindre ce qui en elle n'est plus sujet aux éclipses, pour gagner cette clarté que ne désoriente plus la lente rotation des jours. Avec toi j'écris. Avec toi je vois que les mots sont les mêmes. Ceux de la nuit. Ceux du plein jour. Ceux de l'attente de l'amour. Ceux de l'amour. Du désespoir. De l'espoir. J'écris dans ce savoir que nous sommes seuls à connaître. Je t'écris. Dans ces carnets mais aussi dans tout ce que j'écris. Tu es présente aussi bien, d'un bout à l'autre présente dans ces textes que j'envoie à Montpellier. Dans cette impossibilité où je suis de parler de toi et qui n'est pas que circonstancielle. Dans cette nuit où tu es en moi, dans cette nuit brûlante où tu es qui se confond avec celle d'où viennent les mots, j'écris, je t'écris.

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Que le plus beau est avenir. Toujours.

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